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À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

Courant pas courant

Courant électrique et téléphone : providentielles commodités devenues des nécessités vitales et qui occupent toutes deux, en ce moment, le centre de l’actualité locale. Il en était grand temps, encore que...

Plus de vingt ans après la fin de la guerre, le réseau électrique libanais continue en effet de faire figure de grand blessé, d’invalide. C’est en pure perte que des montants considérables ont été dépensés par l’État pour tenter de lui redonner quelque santé ; en revanche, et par la voie des malversations, commissions et autres magouilles, ces crédits auront fait la fortune de maints responsables indélicats. Si bien que tout ménage libanais en est réduit aujourd’hui soit à se doter d’un générateur domestique, soit à s’abonner auprès d’un générateur de quartier : cela sans cesser de payer au prix fort les ampères étatiques livrés pourtant au compte-gouttes.

En soi, le projet du ministre de l’Énergie, vivement controversé au sein même du gouvernement de Nagib Mikati, peut certes avoir du bon : pensez donc, 700 mégawatts de plus bientôt disponibles pour éclairer un peu plus convenablement les chaumières, grâce à l’acquisition de nouvelles centrales de production. L’idée n’en est pas nouvelle d’ailleurs ayant été déjà adoptée par le précédent gouvernement d’unité nationale. Ce qui est nouveau, et contesté, c’est la politisation effrénée dont a été l’objet un dossier qui touche de si près à la vie quotidienne du citoyen, c’est l’empoignade, à des fins rien moins qu’intéressées.

Le débat ne se limite guère, cette fois, aux tiraillements auxquels donnent lieu les mises en adjudication, au sein d’une classe politique traditionnellement affairiste et clientéliste. Se posant en parangon de vertu – malgré, assurent ses adversaires, de notoires problèmes de transparence –,
le Courant patriotique libre veut aussi passer pour le bienfaiteur des populations souffrantes, et consolider d’autant ses positions électorales. C’est sur lui-même – et sur lui seul, à l’évidence – que le Courant patriotique libre s’efforce de tirer la couverture (électrique, en l’occurrence), exigeant, sous la menace d’un retrait du cabinet de Nagib Mikati, que soit mise à la discrétion du ministre titulaire la bagatelle de 1,2 milliard de dollars. Un Conseil des ministres sabordé mercredi au bout de dix minutes, une réunion parlementaire proprement escamotée, les tractations intergouvernementales renvoyées au 7 septembre, il est clair que le courant ne passe plus très bien au sein de la nouvelle majorité. Et que tout compte fait, le cabinet Mikati n’est pas si monochrome qu’on le croyait.

Quant à la téléphonie qui partage la vedette à l’électricité, ses scandaleuses défaillances auraient bien mérité, à elles seules, de meubler la discussion. Réseau engorgé, l’intendance n’ayant pas suivi en effet la pléthore de lignes mises en circulation, communications abruptement coupées, ce qui se traduit par un anormal gonflement des factures, se soucie-t-on vraiment de ces plaies au ministère des Télécoms ? Et la fort bienvenue amélioration de l’accès à Internet peut-elle excuser tant de médiocrité en matière de téléphonie, ce vecteur essentiel de la vie économique et sociale ?

Le fait est hélas que ce précieux moyen de communication n’est plus, dans notre pays, qu’un instrument de pression politique. Et ce fait s’est trouvé outrageusement illustré jeudi avec cette conférence de presse tenue à l’Assemblée, où l’on a vu un député Hezbollah entouré d’une brochette de pseudo-experts étayer, à l’aide d’arguments prétendument scientifiques, une thèse déjà ressassée par Hassan Nasrallah : à savoir que les données téléphoniques sur lesquelles s’est substantiellement appuyé le Tribunal spécial pour le Liban pour établir son acte d’accusation ne sont que le résultat de manipulations israéliennes, et ne revêtent donc aucune valeur. Comment diable Israël a-t-il fait pour repérer, infiltrer et infecter les cartes prépayées, achetées sous de faux noms de surcroît, qu’ont utilisées les assassins de Rafic Hariri ? Et pourquoi donc des arguments d’une aussi haute tenue scientifique ne sont-ils pas soulevés dans les règles devant la juridiction internationale ? Tout simplement parce qu’ils ne peuvent convaincre qu’un public partisan qui ne demande qu’à se laisser convaincre.

Reste à savoir ce que pense exactement de ce tissu d’absurdités le ministre des Télécoms qui a honoré de son auguste, de sa complaisante présence ce non-événement.


Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Courant électrique et téléphone : providentielles commodités devenues des nécessités vitales et qui occupent toutes deux, en ce moment, le centre de l’actualité locale. Il en était grand temps, encore que...Plus de vingt ans après la fin de la guerre, le réseau électrique libanais continue en effet de faire figure de grand blessé, d’invalide. C’est en pure perte que des montants considérables ont été dépensés par l’État pour tenter de lui redonner quelque santé ; en revanche, et par la voie des malversations, commissions et autres magouilles, ces crédits auront fait la fortune de maints responsables indélicats. Si bien que tout ménage libanais en est réduit aujourd’hui soit à se doter d’un générateur domestique, soit à s’abonner auprès d’un générateur de quartier : cela sans cesser de payer...
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