Pour une fois...
Pour une fois, depuis des lustres, que la démocratie et le bon sens sont respectés – du moins, en théorie. Pour une fois, donc, qu’un sacro-saint principe est appliqué; ce principe constamment défendu par un homme que l’exercice du raïsme a rendu encore plus géant : Nasrallah Sfeir ; ce principe qui dit que, dans une République mature et civilisée, une majorité gouverne et une minorité s’oppose. Ce processus s’est fait très artificieusement, loin des urnes, certes, très la milice a dit, loin de toute volonté populaire, certes, mais pour une fois, le Liban en avait fini avec cette hérésie stupide du gouvernement d’union nationale. Enfin, idéalement, une équipe plus ou moins hétérogène allait travailler plus ou moins mal et une autre allait la sanctionner avec plus ou moins de bonne foi – à condition naturellement que Nabih Berry le veuille bien.
Cette blague...
Il doit jubiler, doucement, le président de la Chambre ; lui que rien ne satisfait davantage que ces divisions en tous genres grâce auxquelles, il en est persuadé, il peut essayer de tirer son épingle du jeu, de se désengluer d’un Hezb-vampire et avec des dividendes en sus... Il faut dire que la tragi-comédie est jouissive : il y avait plus, tellement plus de cohésion et de solidarité même au cœur des cabinets Siniora et Hariri. L’équipe Mikati a ceci d’exceptionnel qu’elle a transcendé le concept de majorité plurielle en une symphonie de minigouvernements : c’est la tribalité à son climax. Mieux qu’en Afghanistan : chaque tribu se tire dans les pattes et dans le dos on the records. L’ébouriffant, l’urgent communiqué du PSP sur le talibanisme, le saddamisme et le bab el-aziziya-isme, notamment intellectuels du CPL, restera comme un moment d’anthologie dans les annales de la fraternité ministérielle. Tous au travail : le slogan de l’équipe Mikati est himalayesque.
Du coup, il se crée (à moins que rien ne se crée, que tout se transforme...) des équations surréelles, des troïkas inédites qui auraient pu réconcilier le plus récalcitrant des anticentristes avec cette ânerie de... centrisme – de ce centrisme mou et véritablement faux témoin voué aux gémonies il y a quelques semaines dans ces mêmes colonnes. Des troïkas capables, comme aux sinistres époques HBH (Hraoui-Berry-Hariri) et autres abâtardissements divers, de dynamiter gentiment et poliment toutes les institutions, Parlement et Conseil des ministres en tête. Des troïkas bizarrement sympathiques désormais – et la Sleimane-Mikati-Joumblatt en est un délicieux exemple.
Même si le résultat de tout cela est d’une ahurissante stérilité...
C’est particulièrement désolant. Le plan Marshall pour l’électricité est une bonne chose. Indispensable : déjà que ce pays s’enfonce dans un obscurantisme (libertés, démocratie, intellect, moral surtout...) voulu, programmé et imposé par les tee-shirts noirs du Hezb et les Goebbels du CPL, ce serait bien balourd que de l’enfoncer sans états d’âme aucuns dans une obscurité irréversible. Mais un député et un ministre aouniste en général, Gebran Bassil en particulier, est tellement revanchard, démagogue, pédant et pompeux qu’il n’hésite pas une seconde à menacer de briser tout gouvernement qui ne lui donnerait pas ses 1,2 milliard de dollars à gérer personnellement au lieu de proposer, intelligemment, la création d’une autorité de régulation qui aurait chapeauté et, surtout, cautionné, son projet. Et fait taire tout le monde. Au lieu de cela, il(s) préfèrent, assurément, rôtir sur le bûcher de (toutes) leurs vanités.
C’est leur choix : le suicide politique est une option, parfois, bien plus respectable et bienvenue qu’elle ne paraît...
P.S. : que Hassan Nasrallah rabâche, plus ennuyant que jamais, ses antiennes anti-TSL qui ne convainquent même plus ses ouailles, cela passe encore ; qu’il vante les mérites gigantesques et marmoréens du régime Assad et son indispensable pérennité, cela passe encore ; mais qu’il s’en prenne à des parties locales qu’il accuse d’affaiblir l’armée alors que son Hezb est littéralement une insulte à la troupe, à sa dignité, son prestige, sa force, son efficacité et son autorité, voilà qui dépasse tranquillement tout entendement.


"Le plan Marshall pour l’électricité est une bonne chose. Indispensable : déjà que ce pays s’enfonce dans un obscurantisme (libertés, démocratie, intellect, moral surtout...)" Entièrement d'accord avec vous Mr Makhoul. Quand à l'insulte à l'armée, il est clair que le Hezbollah est mis face à ses contradictions. Comment peut on vouloir renforcer l'armée alors que d'une certaine manière on la concurrence ? Une armée libanaise forte conduirait indéniablement à la fin de la "pseudo" résistance.
06 h 16, le 27 août 2011