Mais ce défi à l’autorité universelle suprême n’était encore rien. Car il s’est accompagné d’une effroyable série de liquidations physiques de patriotes libanais, des professionnels de la politique ou des médias, et des religieux. En sus d’attentats qui avaient échoué, non sans causer de graves blessures, comme dans les cas de Marwan Hamadé, Élias Murr ou May Chidiac.
En tout cas, l’assassinat de Rafic Hariri avait été le forfait de trop, la goutte qui faisait déborder le vase. Et le régime syrien avait été obligé de mettre un terme à son occupation militaire du Liban, suite à la révolution du Cèdre.
Mais la Syrie gardait des cartes solides, à travers des fidèles disposant d’une assise assez large pour contrer l’indépendance. Elle en a de suite usé pour empêcher l’élection d’un président de la République issu des rangs du 14 Mars. Ou encore pour permettre à ce camp de former un gouvernement monochrome. Le choix, imposé sous la menace d’une guerre civile, était aussi simple que forcé : un cabinet dit d’union, en fait de désunion, cooptant donc les prosyriens.
Avec pour résultat, l’objectif recherché par le tuteur masqué : paralyser l’État libanais et l’empêcher de prendre vraiment corps. De redevenir souverain, maître du territoire et des armes. Cela par le biais d’une astuce élémentaire : le fameux tiers de blocage. L’avantage des prosyriens s’est trouvé mis en relief par la réélection, dans une Chambre où la majorité leur faisait défaut, du président Nabih Berry, chef du mouvement Amal, pilier du 8 Mars.
Ce qui était doublement symptomatique. D’une part, parce qu’il n’y avait pas d’autre candidat, le tandem Amal-Hezbollah monopolisant la représentation chiite. Ce qui revient à confirmer la dénaturation du système démocratique. D’autre part, parce qu’il y avait là une preuve forte de l’efficacité du chantage latent aux armes.
Et cela a continué, en cessant de s’aggraver, encore aujourd’hui. Comme en 2005, la Syrie est parvenue en 2009 à priver le 14 Mars des fruits de sa victoire aux législatives, source numéro un du pouvoir constitutionnel. Il lui a fallu de nouveau cohabiter avec le 8 Mars au sein du cabinet.
Poussant encore plus à la roue, le régime syrien et le Hezbollah sont finalement arrivés à renverser la donne locale. Grâce, si on peut le dire ainsi, au 7 Mai. Il y a eu les défections que l’on sait, d’ailleurs multiples finalement, avec l’effet boule de neige. Et la majorité a changé de camp.
La Syrie et le Hezbollah se rejoignent autour d’une nécessité commune : neutraliser le TSL et garder l’armement milicien, local ou palestinien. Étouffer la vérité, et la voix de la lutte pour le « Liban d’abord ». Mais l’histoire peut dévier, sous la force de puissants événements.
Aujourd’hui, avec ce qui se passe en Syrie, la question est de savoir si le régime qui s’y accroche pourra également le faire à la table de poker libanaise. Pour le moment, la conjonction d’intérêts restant la même, le Hezbollah et le 8 Mars continuent à lui avancer des jetons pour ses mises. Mais après, s’il défaille encore plus, ne seront-ils pas tentés de lui couper le robinet ?
Cependant, dans cette même logique, il n’est pas déraisonnable de penser que plus la vis se serre, plus les surenchères flambent et risquent de ne plus être contrôlables, ou rattrapables. C’est-à-dire que le 8 Mars pourrait se voir contraint d’aller trop loin dans l’aide à Bachar el-Assad, afin qu’il reste un joueur important au Liban, pour pouvoir reculer.


Et s'il ne recule pas il tombera de toute manière!
08 h 59, le 25 août 2011