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Tours de vice

La promiscuité a rarement du bon. Les relations dites privilégiées ont longtemps servi de prétexte à la Syrie pour dominer son voisin libanais. Par opportunisme ou par conviction, bien des forces politiques libanaises ont pu y trouver leur compte, certes. Par un juste retour des choses cependant, elles sont bien obligées de constater en ce moment, de concert avec leurs parrains de Damas, que tout ne va plus pour le mieux dans le meilleur des mondes. Et que, de surcroît, un malheur n’arrive jamais seul.

En l’espace de quelques jours, la position internationale du régime syrien s’est sensiblement dégradée. Après avoir longtemps pesé le pour et le contre, les États-Unis en sont ainsi à exiger le départ du président Bachar el-Assad, et les puissances européennes leur ont aussitôt emboîté le pas. Ce développement a eu pour prévisible effet une recrudescence des manifestations populaires malgré la brutalité de la répression.

Est-ce assez pour sceller le sort de la dictature baassiste ? Sans doute pas, la Russie y demeurant absolument hostile. Si le revirement US acquiert néanmoins une telle importance, c’est d’abord parce qu’il traduit la conviction à laquelle est parvenue, bien que sur le tard, l’unique superpuissance que le régime ment outrageusement quand il promet des réformes, ou qu’il annonce le retrait de ses chars des villes syriennes. Mais surtout, le spectaculaire tour de vis auquel a fini par se résoudre une Amérique traditionnellement soucieuse des intérêts d’Israël eût été impensable sans l’assentiment de Tel-Aviv. Hier encore tenu pour un adversaire turbulent au Liban-Sud, certes, mais fort accommodant en revanche au Golan, le pouvoir syrien paraît trop marqué désormais – trop affaibli en tout cas – pour faire plus longtemps figure d’ennemi favori de l’État hébreu.

Si par ailleurs la menace d’un veto russe ou chinois continue de bloquer toute résolution du Conseil de sécurité, c’est par la brèche non plus politique mais humanitaire que s’engouffre soudain le vent du changement : éclatante revanche du sang en effet que ce cri d’effroi face aux atrocités policières commises contre les contestataires de Syrie que poussent les enquêteurs des Nations unies recommandant qu’en soit éventuellement saisie la Cour pénale internationale. Non moins effective et menaçante reste d’ailleurs cette autre épée de Damoclès que représente un Tribunal spécial pour le Liban qui n’a pas fini de révéler au grand jour en effet tous les dessous de la vicieuse campagne d’assassinats lancée il y a quelques années contre notre pays.

En attendant qu’apparaisse toute la vérité sur cette barbare série d’attentats, la publication, mercredi, de l’acte d’accusation dans l’affaire de l’assassinat de Rafic Hariri et de ses compagnons sera venue fragiliser encore un gouvernement libanais déjà miné par ses contradictions internes. Combien de temps encore Nagib Mikati peut-il continuer de protester de son attachement aux engagements du Liban et garder aux premières loges de son équipe un parti, le Hezbollah, en rebellion ouverte contre la justice internationale ? Par quelles circonvolutions de style peut répondre Mikati aux démarches du Tribunal spécial invitant l’État libanais à redoubler d’efforts pour que lui soient livrés les quatre individus recherchés ? Quelles explications embarrassées suscitera la lettre qu’a adressée le président français Nicolas Sarkozy aux chefs de l’exécutif pour reprocher au Liban son laxisme face aux attentats terroristes visant la Finul ?

Relations privilégiées, communauté du destin ? Jamais ces maîtres slogans de l’ère de la tutelle n’auront davantage paru de circonstance qu’au spectacle d’un Premier ministre libanais cultivant les faux-fuyants mais soudain rattrapé par l’exigence de transparence étatique qui accompagne nécessairement, pas à pas, la vérité en marche.

Issa GORAIEB

igor@lorient-lejour.com.lb

La promiscuité a rarement du bon. Les relations dites privilégiées ont longtemps servi de prétexte à la Syrie pour dominer son voisin libanais. Par opportunisme ou par conviction, bien des forces politiques libanaises ont pu y trouver leur compte, certes. Par un juste retour des choses cependant, elles sont bien obligées de constater en ce moment, de concert avec leurs parrains de Damas, que tout ne va plus pour le mieux dans le meilleur des mondes. Et que, de surcroît, un malheur n’arrive jamais seul.En l’espace de quelques jours, la position internationale du régime syrien s’est sensiblement dégradée. Après avoir longtemps pesé le pour et le contre, les États-Unis en sont ainsi à exiger le départ du président Bachar el-Assad, et les puissances européennes leur ont aussitôt emboîté le pas. Ce développement a...