Dans les années 40, selon le Time, l’inconscient était devenu plus à la mode. C’est ainsi que naît au cinéma un nouveau type de thriller, dont le premier spécimen (on pourrait presque dire le prototype) est La maison du docteur Edwards d’Alfred Hitchcock en 1945. Ce film sera suivi par tant d’autres, comme Psycho ou encore Le Boucher en France, interprété par Jean Yanne et potentialisé par les images de viande crue en boucherie. Durant ces années-là, le maniaque sexuel prend le dessus sur les écrans et on assistera à des œuvres telles que Frenzy d’Alfred Hitchcock ou The Boston Strangler de Richard Fleischer. On réalise alors qu’un maniaque sexuel n’est pas un monstre, mais un homme qui souffre d’une terrible maladie. Pitoyables, ils sont plus à plaindre qu’à juger.
Les années 1950-1960 marquent le début d’une banalisation de la folie et de la résurgence de la psychanalyse à l’écran, ainsi que de l’intérêt que portera la société sur des maladies mentales moins spectaculaires, comme la dépression. Surtout on va de plus en plus se préoccuper du poids de la société sur les individus et sur la « folie » de cette société, et on va finir par se poser la question de savoir si vraiment « la normalité est là où on le pense a priori et même si cette normalité existe ». Splendor in the Grass d’Elia Kazan ose montrer la dépression du doigt. What Happened to Baby Jane de Robert Aldrich, en 1962, fait de même. Il s’agit de cette folie qui touche particulièrement les artistes. Le film est d’ailleurs inspiré de Street Car Named Desire d’Elia Kazan (1950). Enfin Psycho d’Alfred Hitchcock (1960) cache aussi un secret dans la chambre de l’étage. John Cassavetes présentera en 1975 A Woman Under Influence avec une magnifique Gena Rowlands, suivi d’une bonne dizaine de films de Woody Allen, excellent peintre des petits déprimés du monde intellectuel new-yorkais. One Flew Over the Cuckoo’s Nest de Milos Forman en 1975, Shining de Stanley Kubrick en 1980, Silence of the Lambs de Jonathan Demme en 1991, Shutter Island de Martin Scorsese en 2010, autant d’œuvres qui éclaboussent au visage cette folie qui n’est plus étrangère, mais bien ordinaire.

