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À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

Fini, les loukoums

C’est notre dernier mot, et il n’y aura plus rien à dire désormais quant aux conséquences, avertissait lundi le ministre turc des Affaires étrangères, qui s’est longuement entretenu la semaine dernière à Damas avec le président Bachar el-Assad.

 

La dernière fois que la Turquie tenait des propos aussi menaçants à l’adresse de son voisin du Sud remonte à 1998. Les autorités d’Ankara exigeaient alors que leur soit livré le chef des autonomistes kurdes de Turquie Abdallah Oçalan, que les Syriens hébergeaient non point sur leur territoire propre, mais dans leur arrière-cour libanaise, la plaine de la Békaa. On vit alors le président syrien de l’époque, le fier, l’ombrageux, l’indomptable Hafez el-Assad, obtempérer sans discuter ; il est vrai que l’ultimatum turc était assorti de vastes mouvements de troupes à la frontière.


Si Ankara se garde bien cette fois d’agiter la moindre menace militaire, sa mise en garde n’en revêt pas moins l’allure d’un ultimatum en règle, après de longs mois passés à prodiguer en vain des conseils amicaux à Damas. Bien qu’officiellement démentie hier même, l’idée d’une zone-tampon que se ménagerait la Turquie en territoire syrien ne saurait être tout à fait exclue. Une telle bande de territoire, si elle devait voir le jour, ne tarderait sans doute pas à se transformer en une zone d’exclusion interdite aux armées d’Assad, et donc en sanctuaire inviolable pour les contestataires syriens. Mais pour la Turquie, qui abrite d’importantes minorités, notamment alévie et kurde, et qui a accueilli sur son sol des milliers de réfugiés fuyant la tourmente, il s’agirait moins de sanctionner un Assad manquant régulièrement à ses promesses d’apaisement que de se prémunir contre tout risque de propagation, dans ses murs, de la fièvre syrienne. À ces considérations d’autodéfense s’ajoute bien entendu la sourde rivalité opposant la Turquie à l’Iran, à propos d’une Syrie perçue par l’un et l’autre de ces deux colosses moyen-orientaux comme un enjeu de la plus haute importance stratégique.


Or les développements des tout derniers jours sur le terrain n’ont fait précisément qu’aviver les appréhensions turques, car ils dénotent une orientation inédite dans la répression. Après les bandes de cogneurs et les canardeurs postés sur les toits, après l’artillerie de campagne et les chars lourds, la marine de guerre vient ainsi de faire son apparition sur le théâtre des sinistres opérations, pilonnant la ville portuaire de Lattaquié. À quand le tour d’une aviation tout aussi inexistante dans la confrontation avec l’ennemi israélien, tous les espoirs sont malheureusement permis.


La gravité de l’innovation réside cependant dans les déplacements massifs de populations, parfaitement orchestrés, semble-t-il, par les forces assaillantes, qu’ont causés ces bombardements, lesquels en effet ont visé des quartiers précis de la ville. Le camp de réfugiés palestiniens de Ramli s’est ainsi vidé de la moitié de sa population au grand émoi de l’Unrwa et partant l’OLP. Parallèlement, et à en croire les sources de l’opposition, les autorités auraient procédé à des distributions d’armes dans les quartiers tenus pour loyaux. Premières esquisses de nettoyage ethnique, inauguration de l’ère milicienne : autant de signes annonciateurs des pires calamités et propres à terrifier non seulement les Syriens mais aussi nombre de peuples voisins.


Crime contre l’humanité, s’indignait hier l’OLP à propos de l’exode forcé du camp de Ramli. Ce n’en était qu’un de plus hélas, la criminelle folie étatique allant allègrement sur son troisième millier de morts.
Issa GORAIEB

 

igor@lorient-lejour.com.lb

C’est notre dernier mot, et il n’y aura plus rien à dire désormais quant aux conséquences, avertissait lundi le ministre turc des Affaires étrangères, qui s’est longuement entretenu la semaine dernière à Damas avec le président Bachar el-Assad.
 
La dernière fois que la Turquie tenait des propos aussi menaçants à l’adresse de son voisin du Sud remonte à 1998. Les autorités d’Ankara exigeaient alors que leur soit livré le chef des autonomistes kurdes de Turquie Abdallah Oçalan, que les Syriens hébergeaient non point sur leur territoire propre, mais dans leur arrière-cour libanaise, la plaine de la Békaa. On vit alors le président syrien de l’époque, le fier, l’ombrageux, l’indomptable Hafez el-Assad, obtempérer sans discuter ; il est vrai que l’ultimatum turc était assorti de vastes mouvements de...
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