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À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

Billet doux

Pourra-t-on un jour convoler – ou bien divorcer, tant qu’on y est – par vidéoconférence ?

En attendant, on peut parfaitement s’en remettre à ce petit prodige de la technologie de la communication pour comparaître devant ses juges. Le procédé ne vaut, il est vrai, que devant les juridictions internationales, les prévenus ayant l’opportunité ainsi d’éviter toute extradition, pourvu toutefois qu’ils se soient livrés à la justice de leur propre pays. C’est cette même option que proposait jeudi aux quatre accusés dans l’affaire de l’assassinat de Rafic Hariri le président du Tribunal spécial pour le Liban, dans une lettre ouverte qu’il leur adressait afin de leur rappeler leurs droits et les presser de participer au procès.

Pour remarquable et inhabituelle qu’elle soit, la démarche ne manque pas, à première vue, d’une certaine candeur. À maintes reprises, le Hezbollah a déjà fait savoir en effet que ces quatre hommes étaient de valeureux militants et qu’il n’était pas question de coopérer avec un tribunal outrageusement instrumentalisé, selon lui, par Israël et les États-Unis : allégations que le juge Antonio Cassese n’a évidemment pas manqué de qualifier de grotesques. C’est surtout dans sa dernière partie cependant que cet inhabituel courrier est porteur d’espérance : c’est dans la réaffirmation, adressée non point à vous ou à moi, mais très explicitement aux accusés, que la marche vers la vérité est inexorable et que rien, rien ne pourra détourner le tribunal de sa mission. À bon entendeur donc ; à bon lecteur, en l’occurrence !

C’est par ailleurs un large pan de vérité internationale qui promet d’être livré à tout un chacun avec la publication, dans les tout prochains jours, de l’acte d’accusation du procureur Daniel Bellemare, remis il y a un mois aux autorités libanaises. Entre-temps ont été formellement établis les liens entre l’affaire Hariri et d’autres attentats : liens nécessaires, selon la résolution 1757 de l’ONU, pour que ces affaires soient portées devant le TSL, saisi en priorité de l’affaire Hariri. En ont été instruits tour à tour, par une délégation du Tribunal spécial, les anciens ministres Marwan Hamadé et Élias Murr, martyrs miraculeusement vivants, de même que la famille du regretté Georges Haoui : liens qui malheureusement restent encore à établir pour ce qui est de l’explosion qui a failli emporter cette autre miraculée qu’est notre consœur May Chidiac, qu’ont également rencontrée les enquêteurs.

Mais parler de liens entre tous ces attentats qui se sont abattus en sinistre cascade sur notre pays, n’est-ce pas souligner l’évidence, enfoncer des portes largement ouvertes, dévoiler un secret de Polichinelle qu’a depuis longtemps percé le simple citoyen ? Quel lien pourrait-il être plus clair en effet que la courageuse opposition à l’asservissement à l’étranger qui animait tous les chefs politiques et leaders d’opinion qu’ont visés, l’un après l’autre, les assassins ? La visible, la légitime émotion des deux anciens ministres précités, à la suite des révélations qui venaient de leur être faites par les envoyés du tribunal, suffit pour illustrer l’énormité du complot fomenté contre le pays : complot dont les tenants et aboutissants sont irrévocablement voués à être connus un jour. Échec, donc, à l’imposture de l’occultation, comme à l’infamie de l’oubli.

Ce qu’à l’époque on a entrepris de dépeupler méthodiquement, par élimination physique, c’est un opiniâtre front du refus, une irréductible résistance. Absolument authentiques, ceux-là.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Pourra-t-on un jour convoler – ou bien divorcer, tant qu’on y est – par vidéoconférence ? En attendant, on peut parfaitement s’en remettre à ce petit prodige de la technologie de la communication pour comparaître devant ses juges. Le procédé ne vaut, il est vrai, que devant les juridictions internationales, les prévenus ayant l’opportunité ainsi d’éviter toute extradition, pourvu toutefois qu’ils se soient livrés à la justice de leur propre pays. C’est cette même option que proposait jeudi aux quatre accusés dans l’affaire de l’assassinat de Rafic Hariri le président du Tribunal spécial pour le Liban, dans une lettre ouverte qu’il leur adressait afin de leur rappeler leurs droits et les presser de participer au procès.Pour remarquable et inhabituelle qu’elle soit, la démarche ne manque pas, à...
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