Rechercher
Rechercher

À La Une - L'impression De Fifi Abou Dib

Empathies

Comme un vague sentiment que ce monde est en déliquescence accélérée. La chaleur moite de Beyrouth et le chuintement obsédant des climatiseurs n’aidant pas, on a du mal à porter un regard tonique sur les gens et les choses. C’est donc avec une inquiétude sourde, émoussée par la canicule, que nous suivons les nouvelles de Syrie où la situation semble s’enliser, trop de mort tuant la mort.
Le bombardement intensif de Hama, de Deir ez-Zor et d’ailleurs a pour nous un arrière-goût de celui d’Achrafieh en 1978, de Beyrouth par Souk el-Gharb au début des années 80 et de la foultitude d’agressions sauvages qui ont suivi pêle-mêle. À la différence qu’en ces temps-là nous n’avions aucune prise sur les événements. Nous subissions, hagards, conquête territoriale, sape des institutions, érosion de l’économie et terreur érigée en système. On se souvient que la radio se contentait de signaler les zones dangereuses avec la neutralité d’un bulletin météo. Entre deux annonces, la Croix-Rouge glissait des appels au don de sang. Entre deux accalmies, on se dirigeait vers les hôpitaux par groupes sanguins. Jamais, même à nos pires ennemis, nous n’aurions souhaité de vivre cette horreur. Sont-ils nos pires ennemis, ces hommes, ces femmes, ces enfants qui aujourd’hui subissent une répression du même niveau de barbarie que celui qui nous hante encore ? Avouons-le, longtemps ils le furent. En bloc, sans distinction, longtemps, « le Syrien » a représenté pour le Libanais l’incarnation du mal.
Tout à coup, l’expression « deux territoires, un même peuple » qui nous révoltait naguère a cyniquement pris un sens différent. Nous voilà unis dans la souffrance, victimes, ensemble, d’un régime liberticide à la cruauté illimitée. Le drapeau syrien a flotté lundi, place des Martyrs. Assad (père ou fils) n’en aurait pas rêvé dans ses rêves les plus fous. L’image a choqué, mais elle est symptomatique d’un changement radical de notre perception du peuple syrien. Nous voilà passés de la presque haine à l’empathie la plus sincère. Une question demeure : s’il y a changement de régime, les successeurs sauraient-ils gérer leur pays sans puiser aux ressources libanaises, sans vampiriser le contribuable libanais, sans exercer sur le petit voisin le chantage mafieux, atavique, endémique qui le mine ? Voilà qui reste à prouver.
Pour finir, alors que nous suivons avec la même inquiétude embrumée l’évolution de la situation à Londres, Kadhafi suggère à Cameron de démissionner, et Ahmadinejad le fustige pour avoir réprimé les manifestants. C’est qu’on a une sensibilité de bluette dans le club des tyrans. Un simple jet d’eau vous donne un malaise... mais le sang peut gicler que cela vous laisse froid. Comment l’appelait-on déjà, ce mal, en Transylvanie ?
Comme un vague sentiment que ce monde est en déliquescence accélérée. La chaleur moite de Beyrouth et le chuintement obsédant des climatiseurs n’aidant pas, on a du mal à porter un regard tonique sur les gens et les choses. C’est donc avec une inquiétude sourde, émoussée par la canicule, que nous suivons les nouvelles de Syrie où la situation semble s’enliser, trop de mort tuant la mort. Le bombardement intensif de Hama, de Deir ez-Zor et d’ailleurs a pour nous un arrière-goût de celui d’Achrafieh en 1978, de Beyrouth par Souk el-Gharb au début des années 80 et de la foultitude d’agressions sauvages qui ont suivi pêle-mêle. À la différence qu’en ces temps-là nous n’avions aucune prise sur les événements. Nous subissions, hagards, conquête territoriale, sape des institutions, érosion de l’économie...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut