Bachar el-Assad lors de sa visite à Paris, en décembre dernier. Benoît Tessier/
Au lendemain de l'adoption par le Conseil de sécurité des Nations unies d'une déclaration condamnant la répression en Syrie, le président Bachar el-Assad a promulgué jeudi un décret autorisant le multipartisme dans le pays, accédant ainsi à l'une des principales revendications du mouvement de contestation entamé mi-mars, a annoncé l'agence officielle syrienne Sana. Le décret fixe les conditions de création et de fonctionnement de formations politiques susceptibles d'exister à côté du parti Baas, qui tient les rênes du pouvoir depuis 1963 et a le statut de "dirigeant de l'État et de la société" selon la Constitution.
Le gouvernement syrien avait adopté le 24 juillet un projet de loi autorisant le multipartisme, mais ce décret permet de rendre la mesure applicable immédiatement, sans attendre un vote du Parlement. Les nouveaux partis devront respecter la déclaration universelle des droits de l'Homme, ne pas reposer sur des bases religieuses ou tribales et ne pas être issus d'une organisation ou d'un parti non syrien. De même, ils ne devront comporter aucune formation militaire ou paramilitaire, publique ou secrète et leurs principes, objectifs et sources de financement devront être clairement établis, a précisé Sana.
La France a réagi sur le champ et considéré que l'autorisation du multipartisme est "presqu'une provocation" dans le contexte des violences contre les civils, selon le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé. Le ministre n'a par ailleurs pas exclu que la France demande au Conseil de sécurité de l'ONU d'aller "plus loin" que la simple déclaration adoptée mercredi et condamnant la répression des manifestations, "si rien ne change côté syrien".
A New York, après trois jours de tractations, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté mercredi une déclaration condamnant "les violations généralisées des droits de l'homme et l'usage de la force contre les civils par les autorités syriennes". Il réclame "la fin immédiate de toutes les violences" et presse "toutes les parties de faire preuve de la plus grande retenue et d'éviter les représailles, y compris les attaques contre les institutions de l'État". Le Liban, membre non permanent du Conseil de sécurité, s'est dissocié de la déclaration pour ne pas bloquer son adoption par les 14 autres membres.
Sur le terrain, l'adoption de cette déclaration n'a pas freiné les blindés de Bachar el-Assad qui ont fait au moins 45 morts dans un nouvel assaut mercredi soir dans le centre de Hama, rapporte un militant. Selon cet activiste qui a réussi à fuir la ville, quarante personnes ont péri dans les bombardements et sous le feu des mitrailleuses des chars dans le seul quartier d'Al Hader. Cinq autres, dont deux enfants, ont perdu la vie alors qu'ils tentaient de quitter la ville en voiture. Les blindés syriens opèrent depuis dimanche dernier dans Hama, qui est en pointe dans le mouvement de contestation en cours depuis la mi-mars contre le régime du président Assad. Plus tôt mercredi soir, des habitants de Hama affirmaient que les bombardements se poursuivaient et que les chars de l'armée syrienne avaient pris position sur la place principale de la ville avec l'aide des milices "chabbiha". "Toutes les communications ont été coupées. Le régime profite de l'intérêt des médias pour le procès (du président égyptien) Hosni Moubarak pour terminer leur travail à Hama", déclarait à Reuters un habitant joint par téléphone satellite. Les chabbiha tirent à vue sur les habitants et des tireurs d'élite dominent la place Orontes, a dit de son côté une pharmacienne syrienne sur la base des témoignages de sa famille, encore sur place.
Le gouvernement syrien avait adopté le 24 juillet un projet de loi autorisant le multipartisme, mais ce décret permet de rendre la mesure applicable immédiatement, sans attendre un vote du Parlement....


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