Il est important que le Sud ait été enfin libéré et que des Libanais l’aient fait. Nous nous poserons toutefois la question de la relation entre l’ingérence étrangère et la résistance. Il semble que l’ingérence dans les affaires libanaises, sous prétexte de combattre Israël ou d’aider le Liban à résister, a cédé la place à une ingérence plus profonde qui décide qui doit résister, non sans mettre en jeu les alliances stratégiques régionales et mondiales. C’est ainsi que la Syrie a mis en place le monopole de résistance du Hezbollah, qui a supplanté la résistance d’autres partis libanais et celle des groupes du monde entier désireux de combattre le sionisme aux frontières de son existence matérielle, donc au Liban.
Les ambitions d’Israël et ses intérêts directs au Liban doivent rester présents à l’esprit. Le « Grand Israël » mythique engloberait le Liban et plusieurs pays de la région. De plus, les Israéliens sont conscients que l’enjeu de l’eau, surtout au Moyen-Orient, est stratégique. Sans mentionner les ressources pétrolières dont la découverte a été dernièrement annoncée. Enfin le retour dans leurs foyers des réfugiés palestiniens présents au Liban porterait un coup décisif à un Israël confronté à de sérieux problèmes démographiques. Dans ce tableau d’ensemble, l’action étatique semble absente. Si le confessionnalisme, les allégeances vis-à-vis de l’extérieur, les sentiments d’appartenance à l’étranger, les nationalismes divers se superposent, s’interfèrent et vulnérabilisent le système, c’est parce que la dimension culturelle n’est pas entretenue et prise en charge par l’État. Le rôle de l’État devant être tout simplement de concrétiser les liens culturels, sociaux, historiques, qui réunissent les Libanais, ainsi que les liens tissés par les valeurs religieuses communes. Il s’agit d’édifier une nation sur cette terre, d’ériger un nationalisme, de construire la citoyenneté. Comment le faire avec un système ultracentralisé laissant des régions limitrophes sans aucun lien avec l’État, alors que l’intégration de ces zones est une nécessité pour bâtir la citoyenneté et nourrir le sentiment d’appartenance à la nation ? Comment le faire alors que l’État est incapable de produire un ouvrage portant sur l’histoire du Liban ? Comment le faire dans un régime qui prétend séparer la religion de l’État, alors qu’il est en train d’ôter aux religions leurs valeurs humaines, générant un confessionnalisme primitif, des clans ayant pour seul but d’augmenter leur part du pouvoir, faisant naître des conflits, des sentiments de répugnance qui cloisonnent les communautés, augmentent les tensions et empêchent toute interaction culturelle ? Il faut calmer au plus tôt les tensions confessionnelles. Définir la distinction entre la représentation des communautés et leur participation dans le régime, ainsi que la question des droits des communautés. Définir ces droits et les garantir. Définir le délit du clientélisme et le punir. Ces confusions étant à la base des leaderships confessionnels susceptibles d’établir des relations hors système avec l’étranger.
Ce régime ne semble pas en mesure de gérer la diversité culturelle libanaise, établi comme une « station » à laquelle s’arrêtent les leaders confessionnels à chaque période d’entre deux guerres, pour redistribuer le pouvoir suivant des quotas qui reflètent un nouveau rapport de force interne, et un nouveau statu quo mondial. Ce qu’il faut pour les Libanais serait un régime-« rails », qui accompagne les changements et encadre les interactions culturelles, dans une attitude ouverte au contexte régional et mondial.
Des enjeux sont à repenser. Il serait souhaitable que ceux qui ont des affinités sincères avec la Syrie s’aperçoivent qu’on n’arrivera pas à une union arabe en détruisant les nationalismes et les démocraties. Et que ceux qui sont conscients de la menace israélienne se rendent compte qu’il faut chercher la forme optimale de résistance, celle qui aurait le moins d’effets secondaires nuisibles à l’existence du Liban. Il serait souhaitable aussi que ceux qui cherchent à renforcer le Liban en l’insérant dans des blocs et dans des alliances mondiales remarquent que la politique étrangère la plus active serait la simple existence du Liban, et qu’il suffit à ce pays d’exister pour être un message actif de paix. Il serait souhaitable surtout que ceux qui utilisent ces enjeux pour servir leurs intérêts personnels et pour manipuler les foules sachent que le peuple les punira. En somme, il s’agit d’utiliser l’imagination, de rechercher en dehors du cadre traditionnel le régime qui permet à tous les individus et à toutes les communautés de se réaliser pleinement et ensemble.
Pourquoi ne pas inverser le sens de l’influence, en propageant un esprit de convivialité et un message de paix ?
Chadi RAHI


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve
- Et, AbdelKader d'Alger a bien raison. Libanais, pouvez-vous raisonner de même ? abandonner vos fanatismes ? Je l'espère bien, certain jour. Anastase Tsiris
09 h 13, le 04 août 2011