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À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

De pères en fils

Un Hama II, des dizaines de milliers de morts sous les décombres d’une ville presque totalement rasée par l’artillerie lourde, cela peut-il encore se produire de nos jours ? La distribution des rôles étant pratiquement la même à une génération près, c’est un remake de l’épouvantable épisode, lequel demeure profondément gravé dans la mémoire collective de son peuple, que laissent craindre pourtant les dernières opérations militaires visant la cité martyre.

 

En lançant son offensive à la veille même du jeûne de ramadan, c’est d’un glaive à double tranchant qu’use en réalité le pouvoir baassiste. D’un côté en effet, il lui faut à tout prix empêcher Hama, théâtre des manifestations antirégime les plus imposantes à ce jour, Hama où étaient apparues des barricades, de s’ériger en sanctuaire inviolable de la contestation : tâche d’autant plus urgente que durant le mois sacré où les mosquées affichent complet, c’est tous les jours vendredi. Pour cette même raison, le recours aux grands moyens, à un moment où la ferveur religieuse est à son paroxysme, ne fera sans doute que galvaniser une opposition populaire ne reculant pas, on a pu déjà le constater, devant le terrible tribut du sang.


Quoi qu’il en soit, c’est dans un contexte nettement moins favorable, au double plan local et international, que le président syrien s’en tient aux règles édictées par son implacable père et prédécesseur. Quand, en 1982, Hafez el-Assad inaugurait le sinistre procédé, il avait affaire à une rébellion concentrée en un lieu précis, qu’il ne restait plus qu’à rayer impitoyablement de la carte. Assad père bénéficiait surtout d’un troublant black-out médiatique, politique et diplomatique, les puissances occidentales s’étant laissé convaincre que le dictateur syrien faisait après tout œuvre utile en débarrassant la région d’un dangereux foyer d’agitation islamiste.


Silence, on tue ? Impossible désormais : grâce à la technologie moderne, Internet est tous les jours inondé de témoignages accablants sur le carnage en cours, ce qui ne laisse plus la moindre intimité aux bourreaux dans l’accomplissement de leur sale besogne. On ne fait que tuer des fanatiques armés, comme on l’alléguait déjà en 1982? Mensonge flagrant, c’est bien une population civile désarmée qui, dans une multitude de villes et d’agglomérations, est canonnée, canardée, et dans la meilleure des hypothèses, ratonnée et embastillée. Et plus le régime de Damas s’engage dans cette pente glissante, plus il devient difficile à ses protecteurs étrangers de défendre l’indéfendable. C’est ainsi qu’à l’heure où le Conseil de sécurité de l’ONU se penche sur l’affaire syrienne, des brèches – les toutes premières – sont apparues dans la position de la Russie, bien qu’elle demeure hostile à toute condamnation onusienne du gouvernement syrien. On aura même vu hier un haut responsable iranien (bien iranien) s’émouvoir de la brutalité de la répression, même s’il a mis en doute le caractère pacifique des manifestations et retenu la thèse du complot étranger visant les autorités syriennes.


C’est dire que notre beau Liban, si attaché à ses traditions libérales, est aussi le seul pays au monde où la police tabasse des partisans de la liberté pour le peuple syrien, mais où l’on manifeste sans problème son soutien à la tyrannie baassiste. Où l’on entend encore des voix qui louent, sans la moindre réserve, les vertus du régime Assad. Où des forces politiques souscrivent haut et clair à une double imposture : celle d’une fermeté syrienne face à Israël déclinée sur le seul territoire libanais, mais en aucun cas sur le Golan occupé; et celle d’un régime aspirant sincèrement à entreprendre des réformes, mais qui se heurte à la mauvaise foi évidente de ses ennemis.


Le pire restait toutefois à venir, avec cette incroyable sortie d’un chef politique dont pourtant les fidèles ont eu à pâtir de la botte syrienne durant l’occupation du Liban : il n’y a pas de répression en Syrie, mais seulement un peuple qui a dépassé les bornes ; quant aux droits de l’homme, ce n’est là qu’un label commercial produit par l’Occident.


Arrivera-t-on à dire mieux, un jour ?

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Un Hama II, des dizaines de milliers de morts sous les décombres d’une ville presque totalement rasée par l’artillerie lourde, cela peut-il encore se produire de nos jours ? La distribution des rôles étant pratiquement la même à une génération près, c’est un remake de l’épouvantable épisode, lequel demeure profondément gravé dans la mémoire collective de son peuple, que laissent craindre pourtant les dernières opérations militaires visant la cité martyre.
 
En lançant son offensive à la veille même du jeûne de ramadan, c’est d’un glaive à double tranchant qu’use en réalité le pouvoir baassiste. D’un côté en effet, il lui faut à tout prix empêcher Hama, théâtre des manifestations antirégime les plus imposantes à ce jour, Hama où étaient apparues des barricades, de s’ériger en...
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