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Moyen Orient et Monde - Reportage

Au Xinjiang, les violences élargissent le fossé entre Hans et Ouïghours

Les tensions ethniques restent vives tandis que Pékin les passe sous silence.

Des renforts de policiers ont été déployés à Kashgar, dans la province à majorité musulmane du Xinjiang.                     Photo Reuters

Les récentes violences qui ont secoué en Chine la région à majorité musulmane du Xinjiang témoignent du fossé béant entre l’ethnie locale ouïghoure turcophone et les nouveaux migrants économiques hans, dont beaucoup redoutent une détérioration de la sécurité. Dans la ville de Kashgar, où la destruction du vieux quartier est devenue le symbole de la perte d’identité des Ouïghours face à la politique de développement économique et de sinisation de Pékin, les tensions étaient vives hier après des attaques et des ripostes de la police qui ont fait depuis le week-end dernier 21 morts.
Zhang Ming a récemment quitté sa province du centre de la Chine pour s’installer ici, à des milliers de kilomètres de chez elle, dans l’extrême Ouest chinois. Cette femme de 34 ans doit bientôt ouvrir un restaurant à Kashgar et participer ainsi à la dynamisation économique de cette immense région, parmi les plus pauvres du pays. Mais elle ne se sent pas en sécurité, surtout depuis une attaque au couteau samedi dernier sur un marché non loin de là où elle se trouve, qui s’est soldée par la mort de huit personnes. « C’est trop instable dehors, ce n’est pas sûr », explique-t-elle, assise à l’intérieur de son établissement, ajoutant : « En conséquence, les affaires ne tournent plus. J’espère un retour rapide à la normale car nous sommes censés ouvrir le restaurant la semaine prochaine. » Mme Zhang explique avoir décidé avec son mari, il y a quelques mois, de déménager de leur province du Henan jusqu’au Xinjiang, après que le gouvernement eut décidé de faire de la ville une zone spéciale de développement économique, avec des avantages fiscaux à la clé. Elle-même est une Han, principal groupe ethnique de Chine dont la présence s’est accrue depuis les années 1990 au Xinjiang, passant de 6 % seulement à 40 % de la population, autrefois très majoritairement musulmane.
Certains Ouïghours se disent victimes de discrimination religieuse et culturelle de la part des Hans, sous couvert de lutte antiterroriste, et accusent Pékin de ne pas respecter leur mode de vie et leur culture. À Kashgar, à l’extrême ouest du Xinjiang, près de la frontière du Kirghizstan, les Ouïghours représentent encore 82 % de la population. Mais beaucoup se plaignent de discriminations et de persécutions sur le plan politique ou religieux, dans un climat de tensions persistantes.
« Regardez les Hans et les Ouïghours : qui sont les riches et qui sont les pauvres ? » interroge un jeune homme, convaincu de souffrir comme les autres Ouïghours d’une politique gouvernementale inique. « Certains Ouïghours vont à l’université à Urumqi (la capitale régionale), ils en sortent diplômés, reviennent et ne trouvent aucun travail. Les emplois vont exclusivement aux Hans. Et même s’ils trouvent du travail, leur salaire reste bas », dénonce-t-il.
Du côté des travailleurs migrants hans, qui pour certains ne viennent à Kashgar que quelques années afin de gagner un peu d’argent, l’inquiétude monte en raison des attaques survenues en pleine ville, imposant la fermeture des commerces et le couvre-feu. Venu de Xian (nord de la Chine), Ye, un artisan han de 32 ans, constate que « la situation a empiré, surtout ces dernières années ».
Des renforts de policiers étaient stationnés hier à certains grands carrefours, ce qui n’a rien d’inhabituel à Kashgar où la sécurité est toujours assez présente. Les violences ont été passées sous silence hier par la presse en langue chinoise, tandis que les recherches par mots-clés « Kashgar » ou « attaques terroristes » n’aboutissaient pas sur Weibo, le Twitter chinois.
© AFP
Les récentes violences qui ont secoué en Chine la région à majorité musulmane du Xinjiang témoignent du fossé béant entre l’ethnie locale ouïghoure turcophone et les nouveaux migrants économiques hans, dont beaucoup redoutent une détérioration de la sécurité. Dans la ville de Kashgar, où la destruction du vieux quartier est devenue le symbole de la perte d’identité des Ouïghours face à la politique de développement économique et de sinisation de Pékin, les tensions étaient vives hier après des attaques et des ripostes de la police qui ont fait depuis le week-end dernier 21 morts.Zhang Ming a récemment quitté sa province du centre de la Chine pour s’installer ici, à des milliers de kilomètres de chez elle, dans l’extrême Ouest chinois. Cette femme de 34 ans doit bientôt ouvrir un restaurant à Kashgar...
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