Une certaine idée du Liban s’est forgée à travers les années : un Liban humaniste, pacifiste, tolérant, pluraliste, fidèle au droit et à la justice.
Aujourd’hui, une frange importante des chrétiens semble s’être rangée sous la bannière du Hezbollah et de ses valeurs « particulières ». La pérennité même du Liban semble devenir tributaire de celle de la Résistance islamique, selon les dires du chef du CPL.
Que s’est-il passé pour que les chantres du « libanisme » se complaisent dans l’orbite syro-iranienne ? S’agit-il réellement d’un choix réfléchi ou d’une frustration profonde qui sommeillait dans la conscience collective ? Ou s’agit-il plutôt d’une déviation entamée par un « conducteur » qui a eu le « volant » à un moment donné, en vue d’un trajet et d’une destination précises, et le voilà décidant unilatéralement de modifier le trajet et la destination ?
Quoi qu’il en soit, le nouveau positionnement politique de ces chrétiens new way leur donne, à leur insu peut-être, une nouvelle identité ! Ils seraient ainsi devenus projihadistes, antioccidentalistes, bellicistes, probaassistes, non légalistes, partisans de l’État au sein de l’État.
Heureusement que tout cela n’est qu’une illusion passagère.
Quand des chrétiens avaient confié le « volant », ils cherchaient à exprimer des attentes profondes.
Pour leur quotidien, ils voulaient une vie digne et un avenir radieux pour leurs enfants.
Pour la vie politique, ils ne voulaient plus voir se perpétuer les dynasties qui régentaient la politique du pays.
Quant à la nouvelle République, ils la voulaient forte, prospère, juste, respectueuse des droits de tous et sachant se faire respecter par tous.
C’est ainsi qu’ils ont confié le « volant » à celui qui semblait partager leurs aspirations et qui promettait de les conduire à bon port.
À aucun moment il n’était question de légitimer la mainmise du parti khomeyniste sur le Liban.
Jusqu’à récemment, ils avaient encore confiance et refusaient de croire à la réalité de la nouvelle destination en se disant : un officier qui a commandé la troupe au combat ne peut trahir ni mentir. Un politicien peut le faire. Mais pas un soldat.
Malheureusement, ils se sont trompés.
Rebrousser chemin est plus facile à dire qu’à faire.
D’abord, il y a l’orgueil. On ne s’avoue pas facilement s’être trompé. Secundo, il y a l’alternative. Retourné, oui. Mais vers qui ou vers quoi ? Tertio, comment échapper à cette mainmise cherchant par tous les moyens, médiatiques, sociales, sécuritaires à les maintenir dans la nouvelle voie que le « joueur de flûte » leur a choisie ?
Ça ne sera pas facile. Mais le retour est déjà engagé.
Et c’est certainement pour y répondre que les parrains du « conducteur » l’ont gratifié de toute cette brochette de ministres, espérant faire du clientélisme le nouveau moteur d’adhésion à la nouvelle voie.
C’est le seul moyen qu’ils ont trouvé pour assurer la victoire de leur poulain dans les prochaines élections législatives, prélude à sa victoire dans la prochaine élection présidentielle.
C’est de ça qu’il s’agit avant tout. Et tout le reste n’est que balivernes.
Et c’est maintenant que les chrétiens doivent se ressaisir avant qu’il ne soit trop tard.
Sachant qu’ils ne peuvent arriver directement au pouvoir, les khomeynistes espèrent le conquérir indirectement à travers leur poulain. Ce qui assurera à la République islamique le balcon tant espéré sur la Méditerranée et la dédommagera de la perte de plus en plus probable de son allié syrien.
Les chrétiens, pour qui et par qui le Liban a été créé, seraient, par « le son d’une flûte », devenus les fossoyeurs du pays du Cèdre.
Le prochain président de la République serait-il le premier de la nouvelle ère khomeyniste ou le treizième d’un Liban souverain baignant dans le nouveau printemps arabe ?
Serions-nous à l’aube de la fin de l’histoire du Liban libre alors que celle du monde arabe ne fait que commencer ?
Les chrétiens n’ont jamais déçu le Liban indépendant. Ils ont écrit son histoire.
Ils continueront à l’écrire.

