Félicitons-nous ensuite que le président, que l’on voit mal se tenir à l’affût des dernières nouveautés de la pop music, n’ait pas envisagé un seul instant de rentrer chez lui comme l’y invite la chanson incriminée, un magistral ras-le-bol face aux dérives de la vie publique, décliné sur un air de reggae. Nul n’est irremplaçable, c’est vrai. Ce qui est irremplaçable en revanche, c’est une présidence de la République qui, dans cet État en déliquescence dont on voit sombrer l’une après l’autre les diverses institutions, fait désormais figure de dernier des Mohicans. D’ultime bastion ouvertement convoité par les auteurs et amis du coup d’État larvé dont le pays est, depuis des années, le théâtre.
General Suleiman go home ? Holà, pas si vite, l’ami Zeid ! Par contre, il serait grand temps qu’on s’en occupe sérieusement, ce home en ruines dont les habitants légitimes, les citoyens, ont le sentiment croissant d’être laissés à l’abandon, leurs besoins et aspirations se retrouvant étouffés par la fureur du débat politique. Le silence peut être d’or, mais il ne sied pas toujours aux hommes de pouvoir. Et encore moins à ceux à qui a été dévolue la plus haute charge de l’État. C’est à la recherche d’un illusoire consensus que se limite l’essentiel de l’action présidentielle : illusoire en effet tant sont inconciliables, car totalement contradictoires, les thèses rivales sur l’armement du Hezbollah et la stratégie de défense. Le drame, c’est que le président Sleiman en vient à oublier son rôle d’arbitre sinon politique, du moins moral, lequel lui commande de se tenir résolument, sans faux-fuyants, aux côtés de la raison, de la logique d’État, autant que du bon droit : de donner de la voix, de taper du poing sur la table à chaque fois que sont foulés aux pieds les fondements mêmes de la Constitution.
Depuis l’accord interlibanais de Taëf, le président de la République n’est plus en mesure d’engager l’État, prérogative qui appartient désormais en effet au Conseil des ministres. Par quel prodige toutefois tolère-t-on, ne serait-ce que par son silence, qu’un parti armé s’arroge ce même privilège de parler pour le Liban, tout le Liban ? Déjà maître officieux du gouvernement Mikati, c’est en instance suprême, en décideur unique que s’exprimait ainsi, il y a quelques jours, Hassan Nasrallah, quand il évoquait les ripostes militaires libanaises à toute éventuelle agression contre les futures prospections pétrolières offshore.
Avant que d’en venir à la mer cependant, il y a le sol. Et le viol du sol, processus qui se poursuit sans répit à coups de constructions illégales et de réquisitions de territoire sous prétexte de résistance à l’ennemi israélien. La propriété, c’est le vol, professait Proudhon, père de l’anarchisme. Mais comment peut-on persister à se taire en haut lieu quand c’est la propriété d’autrui qui est volée au grand jour ?
Issa GORAIEB
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