L’incident s’est produit il y a quelques jours dans une pharmacie à Saïda. Selon le document enregistré par la caméra de surveillance, l’excellent Mustafa Q., un responsable du parti Baas libanais (la franchise s’exporte bien), envoie son neveu acheter un médicament. Le neveu, un jeune homme plutôt bien nourri, n’a que 10 000 LL. Le médicament est un peu plus cher. Il repart sans consommer. Revient avec son oncle qui entend enseigner à la ronde, neveu compris, les bonnes manières. D’abord, renvoyer le jeune homme chercher de l’argent sans lui remettre le médicament, c’est un manque de respect que Mustafa Q., responsable au parti Baas à qui « Dieu même s’adresse avec déférence », ne saurait tolérer. Tout le monde a compris ? Tout le monde est sidéré, ne répond pas. Ni le pharmacien en blouse blanche, ni la vendeuse, ni l’employée philippine dont la tension est en chute libre. L’excellent Mustafa estime qu’ils n’ont pas compris. Il renverse violemment un présentoir posé sur le guichet. Toujours pas de réponse. La vendeuse, elle, n’a sincèrement rien percuté : elle ose lui demander ce qu’il veut. Pouvez-vous répéter la question ? Mustafa répète, pédagogue, et cette fois jette l’ordinateur à terre. Le neveu lui aussi veut montrer qu’il a compris. Il empoigne le pharmacien et tente de le faire basculer par-dessus le comptoir. Mais il n’est pas assez entraîné. Mustafa et son gang en restent là. Ils partent en aboyant, laissant le pharmacien et son assistante désemparés et la jeune Philippine dans les vapes. Il paraît qu’il a été arrêté. Sans doute aura-t-il la faveur d’une chambre avec vue et porte-fenêtre sur le jardin.
Des petits dieux comme celui-là, à qui « Dieu en personne s’adresse avec respect », il en existe autant que d’armes sur le territoire. L’équation est simple : un pistolet, un mini-dieu, une kalach, un moyen dieu, un B17, un gros dieu. Ils ont sur vous droit de vie et de mort. Avant même d’assassiner les gens, ils ont assassiné la parole. Tenir en respect ne signifie pas être respecté. Sous la menace, la seule réponse possible est : Rien. C’est dans ce silence que prospère la barbarie.
S’il m’avait dit « Ta gueule ou j’te tue », je me serais tue de moi-même. S’il m’avait dit « Tu sais qui je suis ? », non je n’aurais pas su, et même s’il m’avait hurlé « Ana Mustafa Q. », de toute façon, le chat aurait déjà emporté ma langue et serait en train de faire bombance sous une voiture garée en plein soleil. Donner sa langue au chat... On n’a pas idée de la violence que cela représente quand on n’a pas été brutalement privé de mots sous la menace des armes. C’est ainsi que j’essayais de me mettre en empathie avec le malheureux apothicaire à qui il arriva ce qui suit.L’incident s’est produit il y a quelques jours dans une pharmacie à Saïda. Selon le document enregistré par la caméra de surveillance, l’excellent Mustafa Q., un responsable du parti Baas libanais (la...


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef