Les Libanais finiront-ils par comprendre que les frontières n’ont jamais été conçues pour un quelconque usage interne mais qu’elles ont pour vocation d’encadrer, à l’aide de lignes sûres et reconnues, le périmètre national et d’en préserver l’intégrité ? Et que ces barricades qu’élèvent entre elles les diverses communautés pour défendre ou élargir leurs acquis ou privilèges ne font précisément que fragiliser, et à la longue diluer, leurs frontières, les vraies ?
Du côté est comme du côté sud, notre petit pays est l’objet de prétentions bien connues. La Syrie ne s’est jamais faite à l’idée d’un Liban indépendant et souverain. Malgré un récent échange d’ambassades avec Beyrouth, elle persiste dans son refus de se prêter à une délimitation de la frontière commune, qu’ignorent superbement d’ailleurs les convois d’armes ou de combattants dont la fonction n’est autre que d’entretenir une instabilité chronique, propre à toutes les manipulations.
De son côté, l’ennemi israélien convoite nos terres, mais aussi et surtout nos eaux douces, et cela ne surprend pas trop, s’agissant en effet d’un ennemi qui a déjà spolié tout un peuple de sa patrie ancestrale. Face à ces visées, le Liban disposait jadis de la plus efficacement dissuasive des armes : une convention d’armistice consignée et surveillée par les Nations unies, qui interdisait aux parties tout recours à des actes guerriers. C’est de ce bouclier onusien cependant que se sont imprudemment départis les Libanais lorsque la guérilla palestinienne, mettant à profit leurs fameuses barricades internes, s’arrogea une portion de territoire bien à elle, le Fatehland, enclenchant ainsi le cycle infernal des raids de fedayine et des représailles israéliennes. Et c’est la même ombrelle onusienne, miraculeusement retrouvée au lendemain de la guerre de l’été 2006, qui est sérieusement remise en question, avec toutes les ambiguïtés entourant les prises de position du gouvernement de Nagib Mikati, qu’il s’agisse des résolutions sur le Liban-Sud ou du tribunal spécial de La Haye.
Non content de grignoter la terre (les fermes de Chebaa, Ghajar) et de violer systématiquement l’espace aérien libanais, c’est sur la mer et ses trésors insoupçonnés qu’Israël jette maintenant son dévolu, tirant avantage de l’inertie et de la médiocrité qui, ces dernières années, ont frappé une diplomatie libanaise dénaturée par les monopoles partisans. Prenant de vitesse tout le monde, c’est d’un péremptoire trait de crayon sur la carte, suivant une abusive perpendiculaire partant de Ras-Nakoura, qu’Israël prétend s’arroger une tranche de Méditerranée renfermant dans ses profondeurs ce gigantesque gisement de gaz et de pétrole portant le nom bien mérité de Léviathan. L’île de Chypre a aussitôt suivi le mouvement, notre pays se trouvant désormais à la traîne, réduit à se morfondre en protestations, pour n’avoir pas songé – ou ne s’être pas hasardé – à réclamer dès le départ la tenue, sous les auspices, sinon l’arbitrage des Nations unies, d’une conférence marine réunissant les riverains concernés.
L’Occident ou l’Iran, la guerre de mille ans ou la négociation, l’armement d’un Hezbollah accaparé désormais par sa conquête du pouvoir, les rapports avec la Syrie, indépendamment des convulsions internes que connaît actuellement ce pays, la justice internationale, en attendant – tous les espoirs sont permis – que l’on en vienne un jour à s’écharper à propos du réchauffement climatique et des espèces en voie de disparition : c’est bien d’un trop-plein de frontières, des frontières ancrées dans les cœurs et les esprits, que souffrent les Libanais.
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Du côté est comme du côté sud, notre petit pays est l’objet de prétentions bien connues. La Syrie ne s’est jamais faite à l’idée d’un Liban indépendant et souverain. Malgré un récent échange d’ambassades avec Beyrouth, elle persiste dans son refus de se prêter à une délimitation de la frontière commune, qu’ignorent...


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