Selon le magazine « The Economist », quelque 20 milliards de dollars ont fui la Syrie depuis le début du mouvement de contestation.
Le secteur bancaire semble être particulièrement touché par l’instabilité politico-sécuritaire. Selon le directeur du département de recherches de la Byblos Bank, Nassib Ghobril, les chiffres de la Banque centrale syrienne révèlent en effet que les dépôts avaient déjà baissé de 4 % au premier trimestre de l’année en cours (le mouvement de contestation ayant débuté le 15 mars), à 28,2 milliards de dollars fin mars. Dans les détails, les dépôts des banques privées ont chuté de 6,7 %, ceux des banques publiques de 2,2 % et enfin les dépôts des banques islamiques ont dégringolé de 9 %. « Nous ne savons pas vers où ont été transférés ces capitaux », a souligné M. Ghobril dans un entretien avec L’Orient-Le Jour. Le magazine hebdomadaire britannique The Economist soulignait dans un article daté du 30 juin que la fuite des capitaux syriens était « rampante » et que plusieurs témoins avaient rapporté que des clients syriens portant de larges sacs avaient quitté leurs banques en Syrie en direction du Liban. Selon des estimations rapportées par The Economist (qui ne cite toutefois aucune source à cet égard), 20 milliards de dollars auraient quitté la Syrie depuis le mois de mars et pour contrer cette fuite de capitaux, le gouvernement syrien a procédé essentiellement à une hausse des taux d’intérêt. « Ces sources ne sont pas fiables », affirme Nassib Ghobril. « S’il est vrai que des capitaux ont fui la Syrie au cours des derniers mois, nous ne savons pas quel a été le montant exact de ces transferts, encore moins le montant des dépôts ayant franchi la frontière libanaise », a-t-il ajouté.
Dans une récente entrevue télévisée, le président de l’Association des banques au Liban (ABL), Joseph Torbey, avait nié que des sommes avaient été placées dans des banques au Liban, soulignant d’abord que les politiques monétaires syriennes ne le permettait pas, et ensuite que les banques libanaises n’acceptaient pas de recevoir des liasses d’argent dans des sacs.
Le son de cloche est pourtant différent du côté d’agences de certaines banques commerciales à Chtaura, dans la région de la Békaa. Selon une directrice de banque qui a souhaité garder l’anonymat « il y a effectivement des flux qui sont sortis de la Syrie vers le Liban ». « Et si les politiques monétaires syriennes empêchent les transferts de capitaux, ceux-là arrivent au Liban à travers des changeurs autorisés auprès de la Banque du Liban », a-t-elle expliqué. Cette responsable a toutefois tenu à préciser que les banques prenaient toutes les précautions nécessaires avant d’accepter les dépôts syriens. « Les clients doivent pouvoir montrer des preuves de leurs comptes et de leur emploi », a indiqué la même source à L’Orient-Le Jour. Elle a parallèlement souligné que vu que la région de la Békaa est une région frontalière, une grande partie de ces flux intrants a fini dans les banques commerciales de la région.
L’affaiblissement de l’économie : le coup de grâce ?
Mise à part une vulnérabilité des institutions financières, la colère monte parmi les commerçants syriens dont les ventes ont baissé de 30 % à 70 % en moyenne au cours des derniers mois. Ces derniers, en majorité sunnites, avaient depuis les années 70 conclu un accord tacite avec le gouvernement alaouite de Hafez el-Assad en base duquel ce dernier avait demandé aux marchands de soutenir son gouvernement contre une promesse de protéger leurs richesses. Désormais, avec la fragilisation du gouvernement de Damas, les marchands sont de moins en moins sûrs que le gouvernement puisse protéger leurs activités.


Les Émirats dénoncent une « dangereuse escalade » après une frappe de drone sur un site nucléaire
Ordres d’évacuation israéliens au Liban-Sud et dans la Békaa et tentative d’infiltration au-delà du Litani