Elle tourne parce que les gens de bonne volonté s’escriment à la faire tourner, parce que des milliers, des dizaines de milliers de Libanais ont fait le pari de l’espoir, d’une vie digne, le pari de la suprématie du vrai sur le faux, du beau sur le laid, de l’expression libre sur la parole censurée. Une résistance qui se manifeste chaque jour, dans chaque ville et village, au détour d’un chemin, dans les places publiques, dans des débats incessants qui mobilisent des potentialités jusque-là méconnues, délibérément occultées.
Une résistance citoyenne qui entend bien se faire entendre, frayer son chemin au milieu des débris d’un rêve longtemps caressé, sans cesse malmené par l’égoïsme des uns, l’outrance militariste des autres. Une résistance contre l’enfermement dans le soi, dans la coquille du communautarisme, dans la monochromie culturelle synonyme de suicide collectif.
Ouverture sur l’autre, dialogue avec celui qui pense différemment, qui baigne dans d’autres cultures : la conséquence en est une osmose naturelle dans le concert des nations hors de toute exclusive, de toute exclusion, une réponse cinglante à tous ceux qui ne carburent qu’au fiel, qui ne protègent leur différence que par le rejet de celle des autres, une différence condamnée au dépérissement parce que coupée du reste du monde.
Loués soient donc ces combattants de la pensée libre, ces bâtisseurs de ponts entre les civilisations, tous ceux qui se sont donné pour mission de maintenir le Liban sur la carte de la pluralité culturelle. Loués soient les organisateurs de débats et de colloques ouverts à des sommités intellectuelles originaires d’Europe ou d’Amérique, d’Asie ou d’Afrique, des rencontres régulières qui préservent notre « libanité » des germes de la pensée unique.
Loués soient les programmateurs des divers festivals culturels qui, de Byblos à Beiteddine, de Baalbeck à Zouk, des plus petites aux plus grandes manifestations, s’évertuent à sauvegarder les traditions libanaises, celles qui ont donné au pays du Cèdre sa place particulière dans la région, qui lui ont assuré l’estime et l’admiration de beaucoup de pays, en dépit ou à cause même des empêcheurs de tourner calmement en rond.
Loués soient, enfin, celles et ceux qui, en ces temps troubles, nous ramènent à la pensée de Michel Chiha, et qui, à l’occasion de l’hommage rendu à Fouad Boutros, nous rappellent que « c’est dans l’espoir que la vie l’emporte sur le néant et le positif sur le négatif ».
Une réflexion qui donne tout son sens au combat que livrent les Libanais pour préserver leur particularité culturelle, une vraie résistance pour libérer une identité collective mise sous séquestre...


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