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La complainte des otages

Happy end, que la libération de ces sept cyclistes estoniens enlevés depuis près de quatre mois dans la plaine de la Békaa, et qui viennent soudain de refaire surface ?


Bien sûr, et il est réconfortant de constater que même dans notre pays où la vie humaine compte si peu, elle n’a pas de prix en revanche pour ces États étrangers acharnés à sauver leurs ressortissants en détresse. Et qui, à cette fin, sollicitent – et obtiennent – le concours gracieux d’autres États mieux armés pour ce genre de démarches.

Bravo donc pour cette lointaine Estonie qui avait prudemment refusé de s’associer aux sanctions européennes contre les dirigeants de Damas. Et qui récupère, sains et saufs, ses sept hurluberlus qu’on eut cru débarqués de la planète Mars. Et qui, venus de Syrie sur leurs vélos, pédalaient allègrement dans une région du Liban où l’on cultive ouvertement le haschisch, où pullulent les groupes armés, où trouvent traditionnellement asile les repris de justice. Bravo de même pour la France, elle-même durement éprouvée par les prises d’otages dans le Liban des années 80 – et qui a joué un rôle décisif dans la négociation avec les mystérieux ravisseurs.

Pain bénit pour Nagib Mikati, que cette libération survenant, tel un bon augure, le jour même où se tenait la réunion inaugurale de son gouvernement. Là s’arrête cependant la fête. Car brille par son absence cet assemblage hétéroclite qu’est l’État libanais, théoriquement maître des lieux, dont l’un des services sécuritaires a même procédé à des arrestations dans les rangs des ravisseurs, mais qui aura été tenu totalement à l’écart des tractations finales avec les chefs et commanditaires de ces derniers. Il faut dire que le Liban n’a jamais eu trop de chance avec les histoires d’otages. Et comment en serait-il autrement quand c’est son peuple tout entier, toutes appartenances confondues, qui depuis des décennies est réduit à la triste condition d’otage ?

Otages de leurs propres contradictions internes sont d’abord en effet les Libanais, dont les familles spirituelles sont trop occupées à se tailler une part d’État pour édifier un État. Otages sont-ils ensuite des tensions et ambitions régionales, mais aussi des alliances et protections étrangères diamétralement opposées qu’elles les portent à contracter ou à quémander. Quant aux ravisseurs, ils sont légion : Israël qui en évacuant les fermes libanaises de Chebaa ôterait au Hezbollah le prétexte de résistance dont il se prévaut, mais qui se garde bien de le faire car il obéit à d’autres calculs. Dans la milice chiite armée, financée et encadrée par l’Iran, la Syrie a trouvé, de son côté, un moyen commode de guerroyer par procuration, jusqu’au dernier Libanais, en veillant bien à préserver un calme absolu sur les lignes du Golan occupé.

Que l’oppresseur soit aujourd’hui châtié par là où il a péché est, à son tour, sacrément réconfortant. Car ce n’est pas le Liban seul que s’est évertué, et s’évertue encore, à arraisonner le pouvoir baassiste : c’est en commençant par asservir le peuple syrien lui-même qu’il a fait ses classes. Et si la révolution du Cèdre demeure inachevée au Liban, si les autorités de Damas sont loin d’y avoir perdu toutes leurs cartes, c’est du dedans qu’est asséné cette fois le retour de bâton, avec l’irrépressible quête populaire de liberté qui, tous les jours, enfièvre les villes de Syrie.

Le régime syrien a déjà perdu ce qui fut, durant près de quarante ans, son atout maître face à la communauté internationale, à savoir la stabilité : la sienne propre, bien sûr, mais aussi celle qu’il passait, bien à tort, pour assurer dans l’ensemble de la région. Ce qu’il se voit inexorablement dénier désormais, bien qu’au compte-gouttes, c’est son droit à la survie, sa légitimité : pas exactement le genre de parure qu’on (re)trouve sur l’asphalte rouge de sang.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Happy end, que la libération de ces sept cyclistes estoniens enlevés depuis près de quatre mois dans la plaine de la Békaa, et qui viennent soudain de refaire surface ?
Bien sûr, et il est réconfortant de constater que même dans notre pays où la vie humaine compte si peu, elle n’a pas de prix en revanche pour ces États étrangers acharnés à sauver leurs ressortissants en détresse. Et qui, à cette fin, sollicitent – et obtiennent – le concours gracieux d’autres États mieux armés pour ce genre de démarches.Bravo donc pour cette lointaine Estonie qui avait prudemment refusé de s’associer aux sanctions européennes contre les dirigeants de Damas. Et qui récupère, sains et saufs, ses sept hurluberlus qu’on eut cru débarqués de la planète Mars. Et qui, venus de Syrie sur leurs vélos, pédalaient allègrement...