Un habitant de Bombay montre une photo passeport de son frère tué dans les attentats de mercredi. Le bilan des victimes a été revu à la baisse, les autorités faisant état de 17 morts et 131 blessés. Photo Reuters
« Il est évident que l’on ne peut pas se protéger à 100 % contre des attaques terroristes. Cela dit, en termes de sécurité, nous souffrons d’énormes handicaps », estime Ajai Sahni, directeur général de l’Institut de gestion des conflits de New Delhi. « Nous ne répondons pas au terrorisme comme si nous étions sur le pied de guerre, nous agissons comme une bureaucratie mal organisée », affirme M. Sahni, qui juge la police largement « incompétente », dépourvue de formation au renseignement ou aux méthodes de la police scientifique. En prenant pour exemple l’absence de fichier centralisé des criminels et terroristes, M. Sahni affirme que les gouvernements successifs n’ont pas retenu les leçons du passé. « Nous luttons depuis des décennies contre des insurrections et une formation sur l’antiterrorisme n’a été introduite dans la police qu’en 2010 », dénonce-t-il.
P. Chidambaram a tenté hier de désamorcer les critiques récurrentes sur l’inertie des forces de sécurité. « Les services de renseignements n’ont pas échoué », a-t-il affirmé, soulignant la mission quasi impossible de neutraliser ce qui pourrait avoir été un « très petit groupe ».
Pour Wilson John, un spécialiste des questions de sécurité à l’Observer Research Foundation de New Delhi, le gouvernement a cédé trop de terrain aux groupes extrémistes. « On ne peut pas se reposer sur l’idée qu’il est difficile de déjouer des attentats visant des zones où la foule se rassemble », estime-t-il. Prenant pour exemple les mesures antiterroristes en Grande-Bretagne ou aux États-Unis, M. John souligne que d’autres pays ont montré qu’une surveillance accrue et une police bien entraînée pouvaient permettre d’éviter des attaques. « En tant qu’État, nous sommes devenus trop habitués au terrorisme, trop tolérants », juge-t-il.
Les efforts concernant la sécurité consentis après les attaques à Bombay en 2008 ont été soit mal dirigés, soit pas mis en œuvre, juge pour sa part Praveen Swami, éditorialiste au quotidien The Hindu et auteur d’un ouvrage sur les réseaux terroristes en Inde. « Après les attaques de Bombay (en 2008), l’État du Maharashtra a mis en place une école de police, mais ils n’ont ni cadres ni instructeurs », affirme-t-il. Les officiers ont été envoyés pour se former à l’antiterrorisme en Grande-Bretagne et aux États-Unis. « Mais une fois de retour, on ne leur demande pas d’enseigner (ce qu’ils ont appris) », dit-il. « Il n’y a pas d’effort organisé pour améliorer la formation », ajoute M. Swami, qui critique également l’achat d’armes sophistiquées, autant de « gadgets qui ne vont pas compenser une force de police mal entraînée et mal formée ».
© AFP


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine