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Entre voisins

Il y avait quelque chose d'hallucinant l'autre jour, dans le spectacle d'un Bachar el-Assad apparemment insensible au brasier qui fait rage dans sa demeure mais trouvant moyen de dire, en revanche, son souhait de voir les Libanais s'entendre et se doter au plus tôt d'un nouveau gouvernement.

Cette touchante sollicitude, le président syrien en faisait part au leader druze Walid Joumblatt, qu'il recevait en son palais de Damas; à son tour, celui-ci a formulé à son hôte ses vœux de stabilité et de progrès. Cet échange de bons sentiments ne saurait dissimuler le fait, cependant, que de tous les amis - anciens ou nouveaux, convaincus ou forcés - de la Syrie, le leader du Parti socialiste progressiste qui, l'an dernier, procédait à un spectaculaire renversement d'alliances, est, d'une certaine manière, et fort paradoxalement, le plus sincère. Il n'a cessé ces derniers temps, en effet, d'appeler avec insistance le Raïs à entreprendre des réformes politiques, en vue de calmer la contestation interne à laquelle il fait face. On ne saurait en dire autant des autres chefs locaux gravitant dans l'orbite de Damas qui, mus par leurs propres intérêts et se montrant, à leur habitude, plus baassistes que le Baas, n'ont d'autre leitmotiv que l'inévitable extension au Liban d'un éventuel chaos syrien.

Il faut dire que d'aussi inconditionnels amis, cela ne se trouve pas sous le sabot d'un cheval, comme le montre l'érosion, lente mais continue, que connaît la position internationale du régime Assad. À l'ONU, qui va être saisie par ailleurs de l'affaire du site nucléaire clandestin de Deir Ezzor, la Russie a certes fait obstacle à toute résolution condamnant la brutalité de la répression dans ce pays, quand bien même ce texte ne comporterait aucune sanction ou menace de sanctions. C'est toutefois le moins que pouvait faire le principal fournisseur d'armements à la Syrie, laquelle lui accorde en retour des facilités navales dans le port de Tartous. Il n'en reste pas moins que Moscou, allant jusqu'à prendre les devants de Washington, s'apprête à prendre langue avec l'opposition syrienne, dont des représentants seront même reçus prochainement au Kremlin.

En Turquie où affluent les réfugiés fuyant l'assaut lancé, hélicoptères de combat à l'appui, contre la région frontalière, le ton, amicalement réprobateur hier encore, s'est considérablement durci pour dénoncer les inacceptables atrocités commises contre les manifestants. Tout à leurs récriminations contre la chaîne al-Jazira, accusée de soutenir la révolte, les autorités de Damas ont perdu la bienveillante sympathie de Qatar, émirat pourtant peu avare de ses amitiés, dont bénéficient aussi bien en effet l'Iran et le Hezbollah qu'Israël et les États-Unis. Pour clore la série noire, les Palestiniens de l'Autorité autonome et du Hamas se sont réconciliés sous les auspices de l'Égypte sans tenir compte des réserves syriennes.

Cela sans parler de la sévérité, elle aussi accrue, de ces puissances qui, sans compter à proprement parler parmi les amis de la Syrie, mais qui s'inquiètent néanmoins du saut dans l'inconnu, ont fait preuve envers celle-ci d'une surprenante indulgence et même d'une certaine complaisance. Le ministre israélien de la Défense est revenu à la charge pour prédire l'effondrement, à terme, d'un pouvoir baassiste disqualifié, de toute manière, pour les négociations de paix. Allant un peu plus loin que sa collègue du département d'État, le patron du Pentagone américain vient de mettre en question la légitimité du président Assad affectée, a-t-il dit, par les massacres d'innocents : légitimité que la France, première à rompre l'isolement international de la Syrie, aura été la première encore à déclarer morte et enterrée.

En attendant que s'accordent les violons, c'est par fournées entières qu'au son du canon, des contestataires sont quotidiennement portés en terre.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Il y avait quelque chose d'hallucinant l'autre jour, dans le spectacle d'un Bachar el-Assad apparemment insensible au brasier qui fait rage dans sa demeure mais trouvant moyen de dire, en revanche, son souhait de voir les Libanais s'entendre et se doter au plus tôt d'un nouveau gouvernement.Cette touchante sollicitude, le président syrien en faisait part au leader druze Walid Joumblatt, qu'il recevait en son palais de Damas; à son tour, celui-ci a formulé à son hôte ses vœux de stabilité et de progrès. Cet échange de bons sentiments ne saurait dissimuler le fait, cependant, que de tous les amis - anciens ou nouveaux, convaincus ou forcés - de la Syrie, le leader du Parti socialiste progressiste qui, l'an dernier, procédait à un spectaculaire renversement d'alliances, est, d'une certaine manière, et fort paradoxalement, le...