De toutes les révoltes qui secouent le monde arabe, celle qui colle le moins à une galopante actualité - la moins médiatiquement vendeuse, depuis le temps qu'elle perdure - est bien celle des infortunés Palestiniens. D'un triste anniversaire à un autre, de nakba en naksa, de révolution des pierres en intifadas à répétition, de barbare répression en guerres intestines, la promotion de leur cause n'a guère été, il est vrai, à la hauteur des énormes sacrifices consentis.
Spectaculaires en diable toutefois - et donc et des plus vendeurs, médiatiquement parlant - auront été ces héroïques et quasiment suicidaires marathons de manifestants enfonçant, par deux fois en moins d'un mois, les barbelés qui entourent Israël et les Territoires qu'il occupe. Pour extraordinaire que fut l'événement, on n'en applaudira certes pas le peu recommandable concepteur et commanditaire : c'est-à-dire un régime syrien aux abois, usant vainement de la plus extrême violence pour mater un vaste soulèvement populaire et qui, en envoyant des réfugiés palestiniens (les siens, ceux du Liban et de Palestine même) droit au-devant de la mitraille israélienne, espère détourner l'attention locale et internationale de ses problèmes domestiques.
Or le temps n'est plus où aussi grossière manœuvre pouvait encore faire illusion. Tout au long des dernières décennies, peu d'États arabes, même les plus éloignés du théâtre du conflit, telle la Libye, ont résisté à la tentation de canaliser à leur égoïste profit la colère, armée ou non, des Palestiniens dépossédés de leur terre. Aucun cependant n'aura plus activement (et plus éhontement) exploité le filon que cette Syrie jouant la fermeté et le refus, et quémandant dans le même temps un règlement de paix, veillant à préserver un calme plat sur le Golan occupé, mais acharnée à résister, loin de ses propres lignes, par Palestiniens ou Libanais interposés.
Or c'est de la plus inattendue des manières que vient d'être dénoncée la colossale supercherie, les premiers concernés, les Palestiniens, se chargeant de confondre eux-mêmes le grand manipulateur : et qui plus est sur ses propres terres. C'est lundi, dans le camp de réfugiés de Yarmouk proche de Damas que s'est produit cet étourdissant coup de théâtre, lorsque des réfugiés enterrant leurs compagnons tombés la veille au Golan sous les balles israéliennes ont attaqué et incendié les bureaux du FPLP-CG, accusé d'avoir organisé et encouragé la suicidaire équipée pour le compte des autorités de Damas. De fait, sous la ronflante profusion d'initiales que comporte son sigle, cette organisation n'est qu'une créature du régime baassiste, laquelle d'ailleurs s'est rendue tristement célèbre au Liban. C'est dire qu'elle a été à bonne école. Et du moment que l'armée syrienne, malgré les premiers cas de mutinerie signalés dans ses rangs, persiste à massacrer des Syriens, les valeureux militants de ce groupuscule ont copieusement tiré à leur tour, ce lundi-là, sur leurs frères de Yarmouk.
Mieux que toutes les accusations internationales, c'est ce sanglant - et cinglant ! - désaveu palestinien qui achève de démystifier une opération de diversion déjà fort transparente qui se sera soldée, néanmoins, par la mort de dizaines d'innocents. Étrangement absente des divers printemps arabes, c'est une bien singulière revanche que prend la Palestine, au cœur même du factice bastion syrien.
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Spectaculaires en diable toutefois - et donc et des plus vendeurs, médiatiquement parlant - auront été ces héroïques et quasiment suicidaires marathons de manifestants enfonçant, par deux fois en moins d'un mois, les barbelés qui entourent Israël et les Territoires qu'il occupe. Pour extraordinaire que fut l'événement, on n'en applaudira certes...


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