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Des enfants... ou presque

Que de frileuse prudence, que d'appréhensions embarrassées aussi, recèle ce presque que lâchait jeudi Hillary Clinton, alors qu'elle soulignait à quel point désormais le régime de Syrie frise la perte totale de légitimité !

À quoi tient encore ce presque dont continue d'être généreusement gratifié le gouvernement de Damas, la secrétaire d'État américaine ne l'a pas dit. Plus de mille tués en trois mois de manifestations férocement réprimées, une dizaine de milliers d'arrestations, de nombreux cas de torture : plus éloquents que la sémillante Hillary sont en revanche les chiffres lesquels, d'ailleurs, n'ont pas fini de parler puisque la contestation se poursuit contre vents et marées. À partir de quel amoncellement de cadavres est crevé le seuil de tolérance que se sont assigné les démocraties occidentales ? Et si les tanks lourds canonnant les habitations à bout portant ne sont pas encore assez, leur faudra-t-il donc attendre l'entrée en action de l'aviation, comme en Libye ?

La vérité, dit-on, sort de la bouche des enfants. Et c'est une insoutenable, bien que muette vérité que clamaient hier les très jeunes victimes de la brutalité policière, ces enfants de la liberté à la mémoire desquels étaient dédiées cette fois les traditionnelles manifestations du vendredi. Une trentaine au moins de ces jeunes êtres, selon l'Unicef, ont été tués par balles. D'autres ont été mis à la torture, tels ces quinze adolescents et préadolescents qui avaient peint des graffiti antirégime sur les murs, ce qui d'ailleurs avait donné le signal de la révolte dans la ville de Deraa. D'autres enfants, enfin, ont été torturés et en sont morts. C'est le cas de l'infortuné Hamza, 13 ans, dont les images du corps affreusement mutilé, véhiculées sur Facebook, auront galvanisé les foules de manifestants qui atteignaient hier une ampleur inégalée. C'est dire que quand la violence étatique s'abat sur cette figure emblématique de l'innocence, elle n'est plus seulement aveugle. Elle n'est plus seulement sans cœur, c'est la tête qu'elle a perdu.

Cette montée des enchères ne fait, bien sûr, qu'accentuer l'impasse stratégique à laquelle est confronté le régime Assad. Chaque journée de démonstrations montre combien est désormais inopérant l'usage massif de la force face à des foules ne reculant devant aucun risque pour descendre dans la rue. Et se résoudre à de réelles réformes équivaudrait, pour le régime, à un lent mais inexorable suicide, car il appartient à ce type de système qui ne tient précisément que par sa nature autoritaire et policière. Si elle s'est traduite par la remise en liberté de quelques centaines de manifestants, l'amnistie dite générale décrétée il y a quelques jours ne s'étend guère aux milliers de prisonniers politiques croupissant depuis des années dans les geôles syriennes. Quant à l'offre de dialogue faite aux diverses composantes de la société, c'est le parti Baas lui-même qui, devançant le non de l'opposition, s'est chargé de la vider de tout contenu en refusant de renoncer à son monopole politique.

Le spectre du chaos susceptible de résulter des événements de Syrie n'a visiblement pas fini de hanter les puissances. L'éventualité d'un brasier régional les incite à plus de patience. De complaisance même. Ou presque, pour paraphraser Hillary Clinton. Mais qui peut croire encore qu'il n'y a là-bas que banal feu de paille ?

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Que de frileuse prudence, que d'appréhensions embarrassées aussi, recèle ce presque que lâchait jeudi Hillary Clinton, alors qu'elle soulignait à quel point désormais le régime de Syrie frise la perte totale de légitimité !À quoi tient encore ce presque dont continue d'être généreusement gratifié le gouvernement de Damas, la secrétaire d'État américaine ne l'a pas dit. Plus de mille tués en trois mois de manifestations férocement réprimées, une dizaine de milliers d'arrestations, de nombreux cas de torture : plus éloquents que la sémillante Hillary sont en revanche les chiffres lesquels, d'ailleurs, n'ont pas fini de parler puisque la contestation se poursuit contre vents et marées. À partir de quel amoncellement de cadavres est crevé le seuil de tolérance que se sont assigné les démocraties occidentales ?...