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L’âge d’homme

Le corps de Hamza el-Khatib a été « trouvé » le 29 avril et remis aux siens le 31 mai en état de décomposition avancée. Alors, qu'on n'aille pas raconter des bobards, toutes ces choses que les proches ont cru constater sur la dépouille de l'enfant de 13 ans, émasculation, nuque brisée, genoux luxés. Ce ne sont que des manifestations de la putréfaction. Un médecin légiste, photos floutées à l'appui, l'explique dans une vidéo largement diffusée par les autorités syriennes : Hamza n'a pas été torturé. On l'a juste un peu tué. Il n'avait pas à essayer de faire entrer des vivres en douce à Deraa. Trois balles. L'une, dans le bras gauche, a perforé la cage thoracique au passage. L'autre, dans le bras droit, a fait de même de l'autre côté. La troisième s'est logée dans la poitrine sans détours. La faute à Voltaire. Pas de quoi faire une histoire.
Que veut-on prouver avec ça ? Que les forces de l'ordre ne torturent pas ? Qu'elles font la distinction entre enfants et adultes ? Que les protestataires sont des menteurs ? Que cherche-t-on à obtenir en plaidant cette semi- innocence ? Que la mort de Hamza el-Khatib ne soit pas le détonateur d'une rage populaire accrue ? Trop tard. Il est à l'évidence trop tard pour restaurer la confiance des citoyens envers le régime. Mais les autorités peuvent se rassurer, la mort de Hamza n'ajoutera rien à la colère collective. Celle-ci est déjà au-dessus des événements. Elle n'a pas besoin d'une icône pour se cristalliser.
Fort de 40 ans de répression, le régime syrien croyait connaître ses 22 millions et quelques sujets. Il était convaincu de régner sur une population de mouchards tous occupés à se surveiller les uns les autres. Il avait érigé la délation en vertu, la peur en art de vivre. Persuadé d'avoir créé, à force, un peuple de pleutres, le régime pouvait dormir tranquille. Le monde entier, comme lui-même, était d'ailleurs persuadé que la vague libéralisatrice de la région ne l'atteindrait pas. La preuve, la révolution syrienne a eu du mal à démarrer. Il y a bien eu quelques élans en février, mais ils sont restés frileux. Il a fallu Deraa. Il faut se souvenir que la révolution partie de Deraa a commencé à cause des enfants. Les forces de l'ordre ont torturé des enfants. On peut tout accepter pour soi, mais pour l'enfant, on espère meilleure fortune. On espère, on se dit que plus tard, lui, au moins, il aura une chance que les choses changent et peut-être une meilleure vie. Alors quand vous on le casse, comme ça, sous vos yeux, pour lui vous avez tous les courages. Quarante ans plus tard, le peuple syrien, infantilisé par un régime qui s'immisce dans les moindres détails de sa vie, en vertu du sacrifice de ses enfants, a atteint l'âge d'homme. La bravoure, le courage, le risque inouï que prennent les manifestants chaque vendredi forcent le respect du monde. Une émulation se crée de village à village, de région à région. Nul ne sait encore où aboutira cette incroyable aventure. Pour l'heure, elle n'a qu'un seul acquis, mais il est souverain : la dignité.
Le corps de Hamza el-Khatib a été « trouvé » le 29 avril et remis aux siens le 31 mai en état de décomposition avancée. Alors, qu'on n'aille pas raconter des bobards, toutes ces choses que les proches ont cru constater sur la dépouille de l'enfant de 13 ans, émasculation, nuque brisée, genoux luxés. Ce ne sont que des manifestations de la putréfaction. Un médecin légiste, photos floutées à l'appui, l'explique dans une vidéo largement diffusée par les autorités syriennes : Hamza n'a pas été torturé. On l'a juste un peu tué. Il n'avait pas à essayer de faire entrer des vivres en douce à Deraa. Trois balles. L'une, dans le bras gauche, a perforé la cage thoracique au passage. L'autre, dans le bras droit, a fait de même de l'autre côté. La troisième s'est logée dans la poitrine sans détours. La faute à...
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