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Mon nouveau livre d’images

Youtube. Une image brouillée montre John Galliano, beurré, dans un restaurant du Marais, articulant à grand-peine des propos malséants devant un petit groupe qui visiblement le provoque. S'amuse de son état. Agace son bec avec un brûle-gueule... Autre plan, Laurent Gbagbo, les yeux écarquillés, assis sur un lit dans une chambre d'hôtel. À côté de lui sa femme. On dit qu'elle a été malmenée. Il lui manque des tresses. La veille encore, elle déclarait que les femmes violées par les forces de l'ordre lors des manifestations anti-Gbagbo « l'avaient cherché ». On se dit, à ce compte-là, qu'elle aussi, quelque part... Ben Ali, on n'a vu de lui que d'anciens portraits, et on a glosé sur son acharnement à se teindre les cheveux, sur les talents d'ancienne coiffeuse de sa femme, accessoirement la plus grande pédégette du pays. Moubarak. Un masque de douleur et de tristesse sans fond. Oui, ils lui ont fait ça, à lui, le raïs bien aimé, du moins le croyait-il, qu'il était aimé. Au moins il est resté en Égypte. C'est déjà ça, même si le prix à payer est un épuisant interrogatoire, pour lui et les siens. Suzanne va tout rendre, elle a promis. Kadhafi. Avec un parapluie, haranguant des ombres. Sa superbe, la même qui imposa à l'Élysée d'accueillir sa tente en plein Paris, est tout à coup pathétique. Il ne sait pas encore qu'il va perdre son plus jeune fils et deux de ses petits-enfants. Il n'a pas prévu la désertion des plus proches. Il pense s'en tirer en payant. Il a autant d'argent qu'il y a de sable dans le désert. Il faut croire que la liberté n'a pas de prix. Assad sourit. Il salue, bouge la main juste au niveau du poignet, comme la reine d'Angleterre. Il a été à bonne école. Il ne s'adresse pas au peuple, mais à ce Parlement qui lui est totalement acquis et fait un ban primitif à chacune de ses répliques. Le peuple, ça doit le vexer d'être jugé suffisamment insignifiant pour ne pas mériter un discours rien qu'à lui. Mais le peuple n'aurait pas eu le cœur à applaudir. Le désamour est amorcé. Comment faire marche arrière après tant d'arrestations, de tortures et de morts ? Laissons aux politologues le soin de spéculer sur l'issue. Pour l'heure, comme en toute circonstance tragique, le Dr Bachar cultive un flegme de bon aloi et s'accroche à son humour avec beaucoup d'élégance. Ben Laden. L'ennemi public n° 1. Ombre il a vécu, ombre il meurt. On n'a pas d'image de cette mort-là. Juste un peu de désordre dans une maison à 1 million de dollars qui ressemble à un taudis. L'argent n'a décidément plus de valeur. Pas d'image, mais de quoi alimenter l'imagination, notamment cette réunion des dirigeants à la Maison-Blanche, où Hillary Clinton semble réprimer un cri. On se contentera de croire qu'ils ont vu. Dominique Strauss-Kahn. Qui d'autre ? Samedi dernier, il était encore, à la tête du FMI, l'homme le plus puissant du monde. Ce regard vide, ces menottes qu'il essaye de cacher, cette silhouette accablée, cette barbe d'insomniaque. DSK incrédule, comme dédoublé, assiste à sa propre déchéance. Il n'est pas un ennemi public, lui. Juste l'ennemi occasionnel d'une femme que le destin a mis à la porte de sa salle de bains. Et sans doute ennemi de lui-même. Déjà les psychiatres se penchent sur ce cas, pas si inhabituel, d'autodestruction. Le pouvoir qui rend narcissique, Narcisse qui a vocation à mourir noyé dans sa propre image, le stress du succès, l'échec qu'on provoque pour en finir et s'offrir enfin la liberté d'être soi, simplement le plus vil de soi, ne plus donner le change. Il y a longtemps, me le rappelle Tony, mon ami virtuel, Clemenceau jasait sur Félix Faure en ces termes : « Il voulait être César, il ne fut que Pompée. » C'était le temps où l'histoire vous offrait une rédemption au prix d'un jeu de mots. L'Internet est impitoyable.
Youtube. Une image brouillée montre John Galliano, beurré, dans un restaurant du Marais, articulant à grand-peine des propos malséants devant un petit groupe qui visiblement le provoque. S'amuse de son état. Agace son bec avec un brûle-gueule... Autre plan, Laurent Gbagbo, les yeux écarquillés, assis sur un lit dans une chambre d'hôtel. À côté de lui sa femme. On dit qu'elle a été malmenée. Il lui manque des tresses. La veille encore, elle déclarait que les femmes violées par les forces de l'ordre lors des manifestations anti-Gbagbo « l'avaient cherché ». On se dit, à ce compte-là, qu'elle aussi, quelque part... Ben Ali, on n'a vu de lui que d'anciens portraits, et on a glosé sur son acharnement à se teindre les cheveux, sur les talents d'ancienne coiffeuse de sa femme, accessoirement la plus grande pédégette...
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