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Mots d’Est, mots d’Ouest

Les vieilles pierres ne sont pas seules à déserter le patrimoine. Il y a aussi la langue, ce qui justifie cette nouvelle campagne qui appelle les jeunes à s'exprimer en arabe. L'implantation progressive des missions scolaires occidentales, les batailles d'influence autour de notre petit pays, la nécessité d'un outil de communication commercial ont fait que, très vite, les Libanais ont intégré une deuxième et même une troisième langue dans leur parler courant.
Les vagues d'émigration tant sécuritaires qu'économiques ont accentué ce phénomène. Revenus au pays avec un passeport étranger, nombre de nos compatriotes binationaux font dispenser à leurs enfants des cours d'arabe. La plupart de ces jeunes sont pourtant nés ici. Ils peuvent, certes, se débrouiller dans une conversation de base et compter sur le bi(tri ?)linguisme de leur interlocuteur pour remplir les pointillés. Viendra pourtant un jour où il leur faudra se frotter à l'administration, lire des documents barbares... et engager leur signature sur des actes dont ils ne seront pas capables de saisir les termes d'origine, encore moins l'esprit. Cela sans compter que, n'ayant pas accès à la richesse culturelle de ce pays, ils sont contraints à une sorte d'exil qui les détache d'une histoire, d'une gamme d'odeurs et de couleurs, de saveurs et d'images qui leur resteront à jamais inconnues.
Il est vrai que ce problème concerne majoritairement les citadins. Mais le Liban profond commence à être gagné à son tour par le « complexe du petit pays ». À défaut d'accéder à la mondialisation, il lui faut son sabir. Le fameux cliché « Hi ! Kifak ? Ça va ? », s'il est drôle à petite dose, souligne en revanche une perte d'identité linguistique. On peut être fier de jongler couramment avec trois langues. On est moins fier de n'en maîtriser aucune correctement, même pas la nationale.
Francophones ou anglophones, les Libanais savent qu'en plus de leurs nombreux clivages, l'usage de telle ou telle langue étrangère les répartit curieusement en sous-catégories ethnoculturelles qui se méfient les unes des autres. Leur seule plate-forme commune demeure l'usage de l'arabe. Ce refus d'identification à une langue, perçue comme peu « sexy » en raison d'une déformation d'image qu'elle subit depuis des décennies, est donc désastreux. Il rompt la transmission de l'histoire commune, perturbe la communication entre citoyens d'un même pays, brouille la notion d'appartenance.
Comme le souligne le slogan de la campagne citée plus haut : « Je te parle de l'Est, tu me réponds de l'Ouest. » Image pittoresque pour illustrer en libanais un dialogue de sourds. Il est temps de s'en inquiéter ■
Les vieilles pierres ne sont pas seules à déserter le patrimoine. Il y a aussi la langue, ce qui justifie cette nouvelle campagne qui appelle les jeunes à s'exprimer en arabe. L'implantation progressive des missions scolaires occidentales, les batailles d'influence autour de notre petit pays, la nécessité d'un outil de communication commercial ont fait que, très vite, les Libanais ont intégré une deuxième et même une troisième langue dans leur parler courant. Les vagues d'émigration tant sécuritaires qu'économiques ont accentué ce phénomène. Revenus au pays avec un passeport étranger, nombre de nos compatriotes binationaux font dispenser à leurs enfants des cours d'arabe. La plupart de ces jeunes sont...
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