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Le sacrement de l’encre

Salut à la communauté des pouces violets qui représente cette semaine plus de la moitié des quelque 4 millions d'entre nous. Les autres n'auront pas connu le suspense du petit flacon blanc, opaque, sans étiquette, posé sur la table du chef de bureau de vote ; l'épreuve de l'éponge moite tapie au fond, et que le pouce doit aller toucher en apnée pour en revenir tout violet de gentiane.
Il y avait dans cette expérience un côté patouille délicieusement régressif. Un côté potache (dans potache il y a tache) du temps du crissement républicain des plumes Sergent major. Qui n'a pas exhibé son pouce, preuve d'une mission fièrement accomplie ce jour-là, pour montrer qu'il s'est bel et bien mouillé ! Ce tatouage réglementaire qui vous marque au corps jusqu'au lendemain (davantage pour l'ongle) est puissamment symbolique. Le certificat de vote 2009, en vous enfonçant le pouce à l'aveugle au fond du flacon, a quelque chose de viril, contrairement à celui de 2005 où le poinçonnage de la carte d'électeur était plutôt féminin.
Toujours est-il que le 8 juin, que l'on soit jaune, orange, rouge, vert ou bleu, on était tous violets du pouce. Voilà longtemps qu'on n'avait pas vu une couleur aussi fédératrice. Chacun son style, certains le portaient « total look » à la Siniora, teinté jusqu'à la première phalange; d'autres s'étaient arrangés pour ne céder que la partie charnue du membre. Bon nombre, surtout les femmes, se sont rués sur l'acétone et la pierre ponce en rentrant, pour décidément baisser les bras devant la difficulté de l'opération, et finir par céder à la tendance.
Quand on connaît les vertus antiseptiques du violet de gentiane, ce qui était bien venu vu le nombre de pouces qui ont trempé dans le même flacon, on se dit que tout de même c'était une chouette trouvaille. Barbouillé dehors, nettoyé dedans, marqué sans douleur du sceau de la patrie, entré simple électeur derrière l'isoloir, on en sortait citoyen. Vierge et violet ■
Salut à la communauté des pouces violets qui représente cette semaine plus de la moitié des quelque 4 millions d'entre nous. Les autres n'auront pas connu le suspense du petit flacon blanc, opaque, sans étiquette, posé sur la table du chef de bureau de vote ; l'épreuve de l'éponge moite tapie au fond, et que le pouce doit aller toucher en apnée pour en revenir tout violet de gentiane. Il y avait dans cette expérience un côté patouille délicieusement régressif. Un côté potache (dans potache il y a tache) du temps du crissement républicain des plumes Sergent major. Qui n'a pas exhibé son pouce, preuve d'une mission fièrement accomplie ce jour-là, pour montrer qu'il s'est bel et bien mouillé !...
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