Plus un coin de panneau où vanter un paquet de lessive, un jambon, un fromage. Il n'y a même pas de place pour les chanteuses de charme (s). Plus que des grosses légumes - plus ou moins grosses - qui, au vu des têtes qui tombent en fin de course, ont plutôt de la chance de voir la leur à l'affiche.
Tels des spermatozoïdes à l'assaut de l'ovule parlementaire, ils tombent sous la dure loi de la sélection naturelle. Arrivera, arrivera pas ? Cela dépend de certains caractères génétiques et de l'environnement. Au physique, souvent, dents longues, bras long. Souvent aussi il faut être tombé, une fois mûr, du bon arbre généalogique. Cela dit, un ami fils de député m'avait montré, adolescent, ce que son père lui avait laissé de plus précieux : un classeur de cartes de visite, avec un mot gentil sur chaque bristol à l'adresse du destinataire. Une vie entière n'aurait pas suffi pour se présenter à tous ces gens - si toutefois ils étaient encore de ce monde - en qualité de fils de...Il lui fallait donc, comme dans les jeux de rôles, accumuler des points de réputation. Car il ne suffit pas d'être un héritier. Il faut cultiver l'héritage. Au Liban, les effets médiatiques et informatiques ne suffisent pas : Il faut « offrir le café », « ouvrir sa maison », ce qui n'est pas une mince affaire pour les épouses dont l'une m'a raconté qu'il lui arrivait de trouver au réveil des partisans assis au bord du lit conjugal.
Pour compter comme candidat, il faut aussi appartenir à une famille nombreuse. La mystérieuse mention « et alliés » figurant en fin de nécrologie témoigne d'une force électorale intéressante. Une famille nombreuse peut compter jusqu'à 3 000 membres « et alliés », qui se bousculeront aux urnes le jour dit. Il y aura ensuite une grande café-party dans un alignement de chaises en plastique, où l'amour du sien et la haine de l'autre feront mousser la passion jusqu'à l'annonce des résultats. Le café et l'impatience aidant, les mécontents se jetteront dans la rue pour manger du rival, et les contents feront de même pour se faire rembourser leurs émotions.
Au final, nous porterons à la Chambre ces fameux députés qui parleront en notre nom. S'ils sont efficaces, ils nous obtiendront comme des faveurs des droits que nous aurons payés avec nos impôts. S'ils ont l'oreille du ministre, ils réussiront éventuellement à faire lever une mainmise de l'État sur quelque bien gelé depuis des décennies sans compensation. Ils introduiront, selon leur part du quota confessionnel, quelque chômeur sans autre diplôme que ses nombreux alliés et sa wasta dans l'Eldorado de l'administration libanaise, où l'on touche un salaire à vie et l'on jouit de garanties sociales, pour boire du café électoral, manger sa man'ouché réglementaire et faire semblant de balayer dans les coins 4 heures par jour ouvrable. Heureusement, notre ligne politique, elle, sera sauve ■

