Le Liban, lui, a jusque-là échappé à ces emblèmes d'humanisme et de modernité. Tout comme ses voisins proches ou lointains, le pays a pourtant toute la panoplie adéquate : un patron barbu surarmé, tellement victorieux qu'il vit sous terre depuis 5 ans, un chef imberbe qui fanfaronne avec les armes du premier, un barbichu adoptif des sables d'Arabie désormais plus près de la porte que de l'augmentation et qui n'en revient pas de devoir pointer au chômage, un Premier ministre nominé qui a cocufié son électorat, et un tenancier de Parlement virtuel, champion toutes catégories des emplois fictifs. Ouf !
Seulement voilà, au Liban, ce qui fait la différence c'est de voir tout ce beau linge se télescoper et neutraliser sa propre médiocrité. Invariablement, dès qu'il y en a deux qui se fritent, le troisième frétille du croupion pour se faire mousser. Éternel match nul entre des neuneus, occupés chacun à engranger des points aussi futiles que rasoirs, pendant que les Libanais d'en bas se crèvent la dalle, bouche ouverte, entubés par une CGT ringarde, elle-même manipulée par une truellée d'éteignoirs du syndicalisme.
Comme un bonheur ne vient jamais seul, le populo doit aussi s'envoyer dans la rétine et le tympan les larbins épais des uns et des autres. Car il n'y a rien de plus teigneux qu'un bêlant : quand il sait lire et écrire, il troque la plume pour le plumeau, et quand il est analphabète, il manie avec zèle le cirage sur les chaussures de son patron.
La nature chez nous fait pourtant bien les choses : à l'instant même où il naît un poupin destiné à être chef fouettard ou demi-dieu exotique, il naît aussi le même jour un nombre suffisant de niais et d'ahuris pour lui donner le moment venu une quantité suffisante de partisans.
Pour être poli, on dira que c'est le modèle libanais de la biodiversité...
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