Rarement joutes parlementaires n’auront plus fidèlement illustré la grave fracture nationale dont souffre notre pays que celles inaugurées hier et qui se poursuivront aujourd’hui. Rarement, de même, thème n’aura davantage accaparé les interventions que celui du Tribunal spécial pour le Liban. Jamais, au grand jamais cependant, débat de confiance n’aura moins mérité son nom.
À qui exactement en effet, à quelle réalité de pouvoir les députés sont-ils conviés, cette fois, à accorder ou dénier leur confiance ? Est-ce à un gouvernement dont le chef ne cesse de dire la chose et son contraire, proclamant d’un côté son attachement aux engagements internationaux du Liban et jetant insidieusement le doute, d’un autre, sur l’opportunité, voire le bien-fondé, de la justice onusienne ? Est-ce plutôt au Hezbollah, pratiquement maître à bord de la galère gouvernementale et qui dit pis que pendre du tribunal de La Haye, de ses juges et de ses enquêteurs ?
Au fil des décennies et au gré des envolées oratoires, bien des pensionnaires du Sérail, et non des moindres, ont laissé des plumes sous la coupole de l’Étoile ; sous le feu roulant des critiques, l’un d’eux faisait même sensation il y a quelques années en rendant, en plein hémicycle, son tablier. Voilà pourtant que c’est un gouvernement déplumé d’office, mis à nu, démystifié, qui s’est présenté hier devant l’Assemblée. Ce peu séduisant strip-tease, ce n’est pas à la seule opposition qu’on le doit, pour virulents et convaincants qu’aient été les commentaires qui ont accueilli le fatras d’ambiguïtés tenant lieu de programme gouvernemental. C’est en réalité du dedans, de son propre camp, qu’est venue, pour Nagib Mikati, la vicieuse estocade, l’humiliation suprême. C’était même là, au fond, le seul fait saillant de la dernière apparition télévisée de Hassan Nasrallah.
Du chef du Hezbollah nul n’attendait en effet le moindre revirement à l’égard de la justice internationale. Il n’a guère surpris en remettant sur le tapis la thèse d’une implication israélienne dans l’assassinat de Rafic Hariri, produisant une fois de plus de prétendues preuves ou présomptions censées étayer celle-ci ; guère épargné pourtant par les invectives lancées par Nasrallah contre les magistrats internationaux, le procureur du TSL, Daniel Bellemare, qui a déjà eu l’occasion de réclamer, d’examiner et de rejeter au bout du compte des documents de cette même veine, s’est aussitôt dit disposé à renouveler l’expérience.
On n’escomptait pas davantage une quelconque coopération du Hezbollah, pour ce qui est des mandats d’arrêt sous scellés lancés il y a quelques jours contre quatre de ses cadres. De soutenir que ces quatre messieurs, bien qu’innocents comme l’enfant qui vient de naître, étaient fort malheureusement introuvables n’eut évidemment trompé personne. Mais du moins eut-on fait mine de se soucier un tant soit peu des formes et des apparences.
Or c’est pour la provocation la plus impudente qu’a opté, au contraire, la milice. Qu’elle n’en sorte guère grandie, on n’en perdra pas le sommeil pour autant. Mais en mettant au défi quiconque de procéder aux arrestations, ni dans les trente jours ni dans les trois cents ans à venir, ce n’est pas le seul tribunal international qu’a ridiculisé Hassan Nasrallah : ce sont toutes les institutions étatiques libanaises, à commencer par le gardien des lois qu’est le président de la République pour finir par les diverses forces de l’ordre qui essuient l’affront. Et de toutes ces instances, c’est le Premier ministre Mikati installé au Sérail par les soins du Hezbollah, Mikati s’échinant à piloter sa carrure de déménageur entre les écueils de la rhétorique, Mikati appelé à s’expliquer face à la communauté internationale comme à l’opinion interne, qui est le plus cruellement roulé dans la farine.
Dépassé, caduc, le tristement célèbre État dans l’État : c’est d’une milice-État en lieu et place de l’État qu’est affublé désormais, qu’il l’admette ou non, le Premier ministre. Avec de tels amis, quel besoin d’ennemis aurait encore Nagib Mikati ?
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
À qui exactement en effet, à quelle réalité de pouvoir les députés sont-ils conviés, cette fois, à accorder ou dénier leur confiance ? Est-ce à un gouvernement dont le chef ne cesse de dire la chose et son contraire, proclamant d’un côté son attachement aux engagements internationaux du Liban et jetant insidieusement le doute, d’un autre, sur l’opportunité, voire le bien-fondé, de la justice onusienne ? Est-ce plutôt au...


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