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Acte premier

On avait beau s’y attendre depuis déjà longtemps, le choc est tout de même rude. Une chose en effet sont les fuites de presse qui se sont multipliées ces dernières années et qui, à la longue, ont été bien près de banaliser l’épouvantable thèse. Et une autre chose est un acte d’accusation en règle, émanant d’une instance juridique internationale, et censé se fonder sur les conclusions d’une longue et minutieuse enquête, sur une somme d’indices et de preuves assez solides pour être soumis à l’examen des juges.

 

Des graves charges, assorties de mandats d’arrêt, qui ont été portées contre quatre cadres du Hezbollah, il serait naïf, bien sûr, d’escompter quelque suite au plan strictement policier et judiciaire. La belle fougue du ministre de l’Intérieur clamant sa volonté de lancer des patrouilles à la recherche des suspects, et déplorant dans le même temps la disparition de tout effet de surprise, prête à sourire dans un pays où les mandats d’arrêt demeurés sans effet ne se comptent plus. Gageons que l’ancien général Charbel serait bien attrapé si d’aventure étaient effectivement repérés les quatre individus et qu’il lui était respectueusement demandé d’aller les cueillir dans quelque venelle de cette véritable cité interdite que contrôle, en maître incontesté, le parti de Dieu dans la banlieue sud de la capitale.


Considérables, incalculables en revanche menacent d’être les retombées de cet épisode judiciaire sur une texture nationale déjà mise à rude épreuve. Au plan politique, l’heure de vérité ne vaut pas seulement pour l’affaire de l’assassinat en février 2005 de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri. Le tic-tac s’accélère aussi en effet pour son lointain successeur au Sérail, Nagib Mikati, dont le gouvernement vient de se doter au pied levé d’un programme on ne peut plus ambigu. Il y proclame en effet sa détermination à suivre le cours (?) d’un tribunal international créé en principe (??) dans le but d’instaurer la justice, et cela loin de toute politisation comme de toute répercussion négative sur la stabilité interne du Liban. Qui donc décrètera un jour où s’arrête la justice et où commence la stabilité du pays ? C’est ce gouvernement, pardi ! Et c’est là que Mikati devra montrer sans la moindre équivoque s’il est ou non l’impuissant otage de la milice : le témoin – et au bout du compte le complice – du peu digne chantage à la sécurité qu’elle exerce de longue date sur le pays tout entier.


C’est surtout au niveau intercommunautaire cependant que cet acte d’accusation laissera sans doute les traces les plus profondes. Certes prévaut en tout temps la présomption d’innocence. Certes aussi le procureur Bellemare ne fait qu’incriminer des individus, sans égard pour le groupe politique ou socioculturel auquel ils appartiennent. Mais si forte est l’emprise que s’est ménagée le Hezbollah sur les chiites du Liban que l’amalgame a vite fait de s’opérer dans les esprits, déjà échauffés par les tensions apparues il y a quelque temps entre les deux branches principales de l’islam libanais. C’est bien pour éviter d’en venir là que Saad Hariri offrait naguère, mais en vain, de passer l’éponge sur un crime que l’on attribuerait, d’un commun accord, à des terroristes infiltrés dans les rangs d’un Hezbollah innocent comme l’enfant qui vient de naître.


On ne perdra pas de vue que ces quatre mandats d’arrêt ne sont que le premier acte d’un drame-fleuve, que les premiers balbutiements d’une justice en marche, même si elle n’avance qu’à petits pas. Car il est clair qu’une opération aussi énorme que celle qui a emporté Rafic Hariri et ses compagnons n’a pu être conçue et exécutée par un modeste quatuor. Il en va sans doute de même de tous les autres attentats commis ces dernières années contre des chefs politiques et des leaders d’opinion libanais, et dont s’est également saisie l’enquête internationale. Comment oublier enfin les nécessaires prolongements extralibanais d’une aussi colossale campagne d’asservissement par la terreur qui a visé notre pays.


Il sonnera plus d’une fois encore, le facteur de La Haye. Et pas seulement à la porte libanaise, comme on peut raisonnablement l’imaginer.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

On avait beau s’y attendre depuis déjà longtemps, le choc est tout de même rude. Une chose en effet sont les fuites de presse qui se sont multipliées ces dernières années et qui, à la longue, ont été bien près de banaliser l’épouvantable thèse. Et une autre chose est un acte d’accusation en règle, émanant d’une instance juridique internationale, et censé se fonder sur les conclusions d’une longue et minutieuse enquête, sur une somme d’indices et de preuves assez solides pour être soumis à l’examen des juges.
 
Des graves charges, assorties de mandats d’arrêt, qui ont été portées contre quatre cadres du Hezbollah, il serait naïf, bien sûr, d’escompter quelque suite au plan strictement policier et judiciaire. La belle fougue du ministre de l’Intérieur clamant sa volonté de lancer des...