Rechercher
Rechercher

Retour et détours

Oublions un instant - juste un instant, on y reviendra plus loin - la grossière manœuvre de diversion qui, pour un régime syrien acharné à massacrer son propre peuple, consistait à envoyer, le week-end dernier, des centaines de Palestiniens se faire canarder ailleurs, et plus précisément sur ces lignes du Golan pratiquement inviolées depuis près de quatre décennies.

Inédite en effet dans son déroulement, et sans doute appelée à faire date, aura été la commémoration traditionnelle de cette nakba - la création en 1948 de l'État d'Israël - qui jeta des centaines de milliers de réfugiés sur les routes de l'exil. Pas de meeting de masse cette fois, en effet, pas de harangues aussi stériles que tonitruantes mais, à partir du Liban-Sud et de Gaza comme de Syrie, une stupéfiante et héroïque marche sur ces barrières de barbelés, de chevaux de frise et de champs de mines qui crucifient la Palestine.

Pour commencer, et quelles qu'aient été les tortueuses intentions de ses inspirateurs, ce phénomène s'inscrit dans le prolongement direct du printemps démocratique qui secoue la région : comme dans les villes arabes en révolte, on a vu là des manifestants brisant le mur de la peur pour braver à mains nues de redoutables machines de mort. Comme dans les cités martyres, ces manifestants allant au-devant de la mitraille acculaient la répression à afficher son hideux visage, à assumer le mauvais rôle, à accomplir le sale boulot qui, par définition, est le sien, à tuer de sang-froid des hommes et des femmes désarmés. Du coup, voici la plus puissante armée de la région prise de court par une aussi révolutionnaire démarche qui rend obsolètes les classiques parades, même si Israël a vite fait de se répandre en menaces contre les autorités syriennes et libanaises.

Pour en revenir à la manœuvre syrienne, celle-ci n'aura trompé personne, cousue qu'elle était de fil blanc. Depuis les accords Kissinger de 1974, un calme exemplaire a régné en effet sur ce qu'on appelait le front du Golan, Damas ne se hasardant à faire de la résistance que par Libanais et Palestiniens interposés, et se posant néanmoins en parangon de la fermeté face aux visées israéliennes et américaines. Ne se seront d'ailleurs prêtées à l'imposture que les parties qui en tiraient grand bénéfice. Et qui, à leur tour, tel le Hezbollah, ont exploité à des fins de politique intérieure ou bien alors par souci d'intérêts extralibanais, le noble concept de résistance.

En ouvrant aux réfugiés des camps, traditionnellement interdits de manifestation, les grilles rouillées du Golan occupé, c'est un double risque que prend le régime baassiste. Jouer l'escalade face à Israël serait assigner une mission suicidaire à une armée syrienne trop occupée déjà, en ce moment, à mater la révolte. Et déclarer forfait, ce serait admettre avoir manipulé sans vergogne la légitime obsession du Retour qui hante les Palestiniens.

Voilà bien ce qui s'appelle se tirer une balle dans le pied.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Oublions un instant - juste un instant, on y reviendra plus loin - la grossière manœuvre de diversion qui, pour un régime syrien acharné à massacrer son propre peuple, consistait à envoyer, le week-end dernier, des centaines de Palestiniens se faire canarder ailleurs, et plus précisément sur ces lignes du Golan pratiquement inviolées depuis près de quatre décennies.Inédite en effet dans son déroulement, et sans doute appelée à faire date, aura été la commémoration traditionnelle de cette nakba - la création en 1948 de l'État d'Israël - qui jeta des centaines de milliers de réfugiés sur les routes de l'exil. Pas de meeting de masse cette fois, en effet, pas de harangues aussi stériles que tonitruantes mais, à partir du Liban-Sud et de Gaza comme de Syrie, une stupéfiante et héroïque marche sur ces barrières de...