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Résistance, mode d’emploi

Dans un pays tel que le Liban, il est souvent bien difficile, c'est vrai, de démêler le politique du religieux. Il reste qu'en règle générale, les hiérarchies religieuses, fortes de leur autorité morale, sont censées guider, orienter les communautés dont elles ont la charge pastorale, mais sans aller pour autant jusqu'à s'arroger, en lieu et place des instances politiques, la conduite des affaires temporelles. Si cela devait arriver, le Liban serait réduit à un extravagant conglomérat de minithéocraties. Non moins aberrant et même dangereux toutefois serait un assujettissement des chefs religieux à la force politique (et militaire !) du moment, quand bien même celle-ci se poserait-elle en envoyée du Ciel sur terre. En parti de Dieu.

Jeudi se déroulait, au siège du patriarcat maronite, une réunion spirituelle au sommet, laquelle s'était assigné un double objectif : réaffirmer avec éclat la volonté de vivre en commun des Libanais et consigner, noir sur blanc, les divers points d'accord entre les diverses communautés. Voilà qui fut fait sans trop de mal, les 34 participants clôturant leur rencontre par une bien belle photo souvenir sur le parvis du patriarcat de Bkerké. L'encre du document avait à peine séché que se rétractait le Conseil supérieur chiite, s'avisant, mais tout de même un peu tard, que manquait à l'appel la classique référence au rôle du peuple et de la résistance, autrement dit au Hezbollah, pour ce qui est de l'affirmation de la souveraineté libanaise face aux visées ennemies.

Que de vénérables dignitaires chiites aient été rappelés à l'ordre de si flagrante et peu reluisante manière est évidemment attristant ; qu'une communauté tout entière, et non des moindres, ait été pratiquement forcée de s'exclure elle-même d'un rare moment d'union littéralement sacrée est encore plus grave. Bien déplacé paraît en effet ce souci tatillon de la primauté du Hezbollah, pourtant devenu premier objet de discorde nationale depuis qu'il a retourné ses armes contre ses adversaires de l'intérieur, s'affirmant de surcroît comme le prolongement, et même l'instrument, d'une remuante puissance étrangère, l'Iran.

Il est grand temps, dès lors, que soient redéfinis les critères d'une résistance dévoyée, trahie par ses propres hérauts et anciens héros. Ne résiste plus vraiment, désormais, que le simple citoyen attaché, lui, à la primauté de l'État, seul garant des libertés. Résister effectivement, c'est contribuer, chacun dans son modeste domaine, au fonctionnement sociopolitique du pays en attendant que se calment les tempêtes régionales, plutôt que de bloquer à satiété le jeu démocratique, de paralyser les institutions, de retarder indéfiniment la formation d'un gouvernement à seule fin de mesquines compensations politiciennes. Résister, c'est œuvrer à installer la normalité, à enrayer l'exode des jeunes, et c'est aussi, pour les jeunes qui se sont résignés à l'exil, soutenir les familles demeurées au pays.

Reste à souligner que les évènements de Syrie sont venus illustrer à leur tour, de bien surréelle manière, les invraisemblables triturations auxquelles se trouve soumise cette malheureuse notion de résistance. De tous les pays concernés de près ou de loin par les actuels bouleversements régionaux, ce sont en effet Israël et les États-Unis qui se montrent les plus préoccupés par les déboires internes d'un régime qui se décline pourtant comme le fer de lance de la résistance. Mais qui, bien que soutenant ladite résistance jusqu'au dernier Libanais ou Palestinien, veille scrupuleusement au maintien du calme sur les lignes du Golan. Se livrant à ce qui a tout l'air d'un appel du pied, un proche du président Assad, ciblé par les sanctions européennes, entreprenait l'autre jour de rappeler aux Israéliens que leur propre stabilité tenait à celle de la Syrie. Comme il se doit, il a été promptement désavoué. Si prompts à manier l'accusation, les amis locaux de la Syrie, eux, n'ont pas pipé mot.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Dans un pays tel que le Liban, il est souvent bien difficile, c'est vrai, de démêler le politique du religieux. Il reste qu'en règle générale, les hiérarchies religieuses, fortes de leur autorité morale, sont censées guider, orienter les communautés dont elles ont la charge pastorale, mais sans aller pour autant jusqu'à s'arroger, en lieu et place des instances politiques, la conduite des affaires temporelles. Si cela devait arriver, le Liban serait réduit à un extravagant conglomérat de minithéocraties. Non moins aberrant et même dangereux toutefois serait un assujettissement des chefs religieux à la force politique (et militaire !) du moment, quand bien même celle-ci se poserait-elle en envoyée du Ciel sur terre. En parti de Dieu.Jeudi se déroulait, au siège du patriarcat maronite, une réunion spirituelle au...