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Acier oxydable

En Syrie comme en d'autres pays arabes en crise, c'était une fois de plus, hier, la triste routine du vendredi : manifestations antirégime suscitant à leur tour une brutale répression, laquelle n'a invariablement pour autre effet que de planter le décor d'un nouveau et sanglant jour de prière.

Ce cercle vicieux ne semble pas près d'être brisé. Au gré des violences et des creuses promesses de réforme émanant du pouvoir, l'insurrection, qui a bravé hier l'interdit de manifester, n'a cessé de se radicaliser, finissant par balayer tous les tabous : le régime, le système, le parti Baas, les Moukhabarate, le président et ses proches. Estimant qu'il lui fallait désormais jouer son va-tout, Bachar el-Assad a opté quant à lui pour une solution militaire dans toute l'acception du terme. Avec le tout récent et massif recours à l'armée, ce ne sont plus en effet les seules gardes prétoriennes, services de l'ombre et autres instruments classiques de répression qui sont chargés de mater les manifestations. Il reste qu'à la longue, la cohésion de l'institution militaire risquerait d'être mise à l'épreuve, comme le laissent suggérer les cas d'insubordination déjà signalés par l'opposition.

Pour l'heure, c'est une même obsession qui habite les deux camps : s'assurer, sans égard pour les sacrifices, ou tout au contraire contenir, même par les moyens les plus drastiques, cette masse critique de manifestants à partir de laquelle des foules dispersées et de moyenne ampleur accèdent au rang de révolution véritablement nationale. C'est bien ce qui s'est passé dernièrement à Tunis et au Caire, acculant les puissances occidentales à lâcher des alliés de longue date devenus absolument infréquentables. Si ce niveau fatidique devait être atteint, c'est inévitablement la légitimité du régime syrien qui serait mise en question avec, en prime, l'infamante accusation de crimes contre des civils désarmés. Même les capitales qu'affole pourtant la perspective d'un avènement des Frères musulmans, et qui font preuve d'une troublante patience face aux excès de l'autorité syrienne, n'y pourraient rien alors.

On n'en est pas là, une fois de plus. Mais que l'insurrection se poursuive malgré tout, qu'elle fasse preuve de souffle, et c'est le temps, cet infatigable facteur d'érosions en tous genres, capable de ronger le matériau le plus dur, qui se poserait en principal ennemi du régime baassiste. Car si le Conseil de sécurité s'est montré impuissant, faute de consensus, à prononcer une simple condamnation de ces abus, d'autres organsimes onusiens, et non des moindres, ne restent pas inactifs. C'est le cas de l'Agence internationale de l'énergie atomique qui décide subitement de déterrer l'affaire du site nucléaire syrien bombardé en 2007 par l'aviation israélienne et d'exiger des comptes de Damas pour avoir mené un programme secret et enfreint ainsi les règles de la non-prolifération. C'est le cas aussi du Conseil des droits de l'homme siégeant à Genève et qui n'a eu aucun mal, lui, à réunir les voix nécessaires pour une sévère condamnation de la répression. La résolution votée réclame l'envoi sur place d'une mission d'enquête et rejette par ailleurs une demande d'adhésion de la Syrie à cette instance : candidature qui ne pouvait en réalité survenir à moment moins opportun.

Que les États-Unis aient pris l'initiative de ce vote n'est qu'à moitié surprenant. L'administration Obama est de plus en plus sévèrement critiquée en effet, par des ténors du Congrès, mais aussi par la presse, pour l'inconséquence de sa politique syrienne. Y a-t-il encore, aux yeux des puissances, de bonnes et de mauvaises dictatures, des régimes jetables et d'autres jugés irremplaçables ?

C'est le temps, encore lui, qui le dira.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
En Syrie comme en d'autres pays arabes en crise, c'était une fois de plus, hier, la triste routine du vendredi : manifestations antirégime suscitant à leur tour une brutale répression, laquelle n'a invariablement pour autre effet que de planter le décor d'un nouveau et sanglant jour de prière.Ce cercle vicieux ne semble pas près d'être brisé. Au gré des violences et des creuses promesses de réforme émanant du pouvoir, l'insurrection, qui a bravé hier l'interdit de manifester, n'a cessé de se radicaliser, finissant par balayer tous les tabous : le régime, le système, le parti Baas, les Moukhabarate, le président et ses proches. Estimant qu'il lui fallait désormais jouer son va-tout, Bachar el-Assad a opté quant à lui pour une solution militaire dans toute l'acception du terme. Avec le tout récent et massif recours...