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Metal Hard

Un jeune manifestant lançant une pierre sur un des tanks lourds investissant lundi la ville de Deraa, berceau de la révolution en Syrie : si l'image a connu une telle faveur dans les journaux du lendemain, elle le doit à sa formidable charge symbolique. Elle illustre on ne peut plus fidèlement en effet l'inégal combat entre démonstrations pacifiques et impitoyable répression, entre force brutale et contestation à mains nues. Des Syriens qui canonnent d'autres Syriens en territoire lui aussi syrien, après tout : et pourtant c'est l'entrée des chars soviétiques à Budapest ou à Prague, et aussi la sinistre performance de ces monstres d'acier sur la place Tien an-Men à Pékin, qu'évoque irrésistiblement cette même et saisissante scène.

 

En leur temps, Budapest, Prague et Pékin ont fait couler beaucoup d'encre. De salive aussi, l'Occidental s'indignant copieusement de la barbarie du procédé. Mais c'est à peu près tout, et il faut croire que la leçon n'a pas été perdue pour tout le monde. Que le régime baassiste de Syrie opte pour la répression juqu'au bout est certes dans l'ordre naturel des choses : pour tout système totalitaire, concéder des réformes substantielles équivaut le plus souvent à un sabordage, à un suicide. Mais sans doute aussi ce régime croit-il pouvoir compter sur l'inaction patente d'une communauté internationale adepte de la politique de deux poids, deux mesures.

 

Dès le début de la contestation à la mi-mars, Washington a donné le ton, se bornant à dénoncer les violences en excluant absolument toute intervention militaire extérieure sur le modèle libyen ; quant à la décision de geler les avoirs de quelques proches du président Assad aux États-Unis, elle prête plutôt à sourire. Sensiblement plus critiques sont les dirigeants européens, notamment le Français Nicolas Sarkozy qui a paru hier au bord de regretter son fameux pari syrien, sans que tout cela aille, pour le moment du moins, au-delà des mots.

 

Tel est bien le cas de cette déclaration condamnant la brutalité excessive de la répression que cherchent actuellement à faire adopter par l'ONU l'Allemagne, la France, la Grande-Bretagne et le Portugal : démarche évidemment dénuée de toute force exécutoire et qui pourtant paraît avoir affolé la diplomatie libanaise bien davantage même que celle de Syrie.


Plus d'une explication est proposée à tant de patience internationale (sinon de tolérance ou même de complaisance, pourrait-on renchérir) face aux sanglants abus de Syrie. Davantage que partout ailleurs dans un monde arabe soudain saisi de convulsions, et en l'absence d'une opposition syrienne solidement structurée, c'est bien dans ce pays que le spectre d'une relève islamiste, invariablement agité par les dictateurs en difficulté, semble le plus sérieusement menaçant. Menaçant pour les minorités religieuses de Syrie même. Menaçant surtout, cynisme géopolitique oblige, pour les puissances, Israël inclus, lesquelles répugnent à tout saut dans l'inconnu, d'autant plus qu'il s'agit là d'un pays constituant une pièce essentielle du puzzle de la paix dans cette partie du globe. À ces considérations s'ajouterait la crainte de voir le régime syrien, une fois poussé dans ses derniers retranchements, se lancer dans une fuite éperdue en avant qui se traduirait par une guerre régionale ou bien alors par une déstabilisation à tout crin de l'environnement immédiat.


Une dictature repêchée au contraire, car ayant bénéficié d'un traitement de faveur, se montrerait-elle alors plus malléable et conciliante ? Où commence et finit par ailleurs, en termes de victimes désarmées, le seuil qui commande ou non le devoir d'ingérence internationale ? Entre mornes déserts des establishments arabes et froids calculs des puissances, pourraient bien errer longtemps les mirages de démocratie.

 

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Un jeune manifestant lançant une pierre sur un des tanks lourds investissant lundi la ville de Deraa, berceau de la révolution en Syrie : si l'image a connu une telle faveur dans les journaux du lendemain, elle le doit à sa formidable charge symbolique. Elle illustre on ne peut plus fidèlement en effet l'inégal combat entre démonstrations pacifiques et impitoyable répression, entre force brutale et contestation à mains nues. Des Syriens qui canonnent d'autres Syriens en territoire lui aussi syrien, après tout : et pourtant c'est l'entrée des chars soviétiques à Budapest ou à Prague, et aussi la sinistre performance de ces monstres d'acier sur la place Tien an-Men à Pékin, qu'évoque irrésistiblement cette même et saisissante scène.
 
En leur temps, Budapest, Prague et Pékin ont fait couler beaucoup d'encre. De...