Tout au long de la sanglante crise qui, depuis plus d'un mois, secoue la Syrie, seront apparues les multiples facettes d'une personnalité aussi complexe que celle du président Bachar el-Assad.
Alors que la tempête de la révolution arabe cinglait inexorablement déjà vers son pays, on a d'abord vu le raïs se rire des risques de contagion, faisant valoir qu'à la différence des Ben Ali, Moubarak et autres Kadhafi, il était à l'écoute, lui, des aspirations de son peuple et à la pointe de la fermeté face à l'Amérique et Israël. Face aux premiers balbutiements de la rébellion dans la ville de Deraa, on l'a vu observer un silence de sphinx, s'en remettant à ses proches collaborateurs pour distiller de fiévreuses mais vagues promesses de réforme. Par la suite, c'est un homme tantôt intraitable et tantôt jouant la conciliation qui est apparu en public, qualifiant un jour de terroristes les nombreuses victimes de la répression, et déplorant le lendemain toute cette moisson de martyrs.
Hier, on voyait le régime de Damas retenir lestement d'une main ce qu'il s'apprêtait à donner de l'autre. Car si le nouveau gouvernement syrien s'est enfin décidé à abroger cette loi d'urgence qui perdurait depuis 1963 et autorisait toutes sortes d'atteintes étatiques aux libertés publiques, il avait pris soin d'interdire au préalable toute nouvelle manifestation, quel qu'en soit le slogan. Mieux encore, s'est trouvé une fois pour toutes défini l'adversaire, à savoir des groupes salafistes œuvrant à faire de la Syrie un émirat islamiste : tout se passant apparemment comme si le pouvoir baassiste, jugeant la cote d'alerte largement franchie, avait précipité ce qui ressemble fort à la phase ultime de la confrontation, celle où l'on est amené à jouer son va-tout.
Il faut dire que le président n'avait le choix qu'entre des solutions toutes plus ou moins mauvaises. Libéraliser véritablement la vie publique, neutraliser les polices secrètes, sévir contre les centres de pouvoir croulant sous les privilèges, serait pour lui se couper de la base et de la source mêmes de son pouvoir. Mais jouer à fond la répression n'est pas dénué de risques non plus. De fait, ce que n'a jamais cessé de faire, de ses deux mains, le régime, c'est frapper. Et durement, visiblement encouragé en cela par la relative et néanmoins singulière mollesse de l'opprobre international. Or tant de brutalité n'aura fait au contraire, à ce jour, que galvaniser une contestation qui a gagné de nombreuses villes du pays, et la preuve en a été administrée hier encore. Les enchères sont montées entre-temps, et de là où les revendications se limitaient à des réformes, c'est maintenant le renversement de la dynastie baassiste qui est de plus en plus fréquemment réclamé.
En jetant son linge sale dans l'arrière-cour libanaise, le régime de Damas ne cherche pas seulement à faire diversion. Accuser en effet une partie libanaise bien précise de collusion avec les comploteurs, rameuter ses amis libanais comme s'y emploie sans la moindre retenue diplomatique l'ambassadeur syrien à Beyrouth, c'est, de toute évidence, exacerber à l'extrême les vieilles et tenaces tensions entre sunnites et chiites libanais. Ce ne ferait pas un complot très présentable, ça ?
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Alors que la tempête de la révolution arabe cinglait inexorablement déjà vers son pays, on a d'abord vu le raïs se rire des risques de contagion, faisant valoir qu'à la différence des Ben Ali, Moubarak et autres Kadhafi, il était à l'écoute, lui, des aspirations de son peuple et à la pointe de la fermeté face à l'Amérique et Israël. Face aux premiers balbutiements de la rébellion dans la ville de Deraa, on l'a vu observer un silence de sphinx, s'en remettant à ses proches collaborateurs pour distiller de fiévreuses mais vagues promesses de réforme. Par la suite, c'est un homme tantôt intraitable et tantôt jouant la...


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