Pour mater son propre peuple, un Mouammar Kadhafi passablement débordé a fait appel ainsi à de nombreux mercenaires importés de pays africains ou encore d'Europe centrale ; en retour, et sous couvert du devoir de protection des populations civiles, c'est une vaste coalition internationale qui a entrepris de disloquer la machine guerrière du dictateur de Tripoli. Pour prêter main-forte au roi de Bahreïn que défiaient ses sujets chiites chauffés à blanc par l'Iran, c'est le plus ostensiblement du monde, elle aussi, que l'Arabie saoudite a dépêché sur place des renforts militaires, dûment mandatée en cela par le club très fermé, et fort solidaire, des royaumes pétroliers arabes du Golfe. L'idée n'a pas été perdue pour tout le monde : à en croire les États-Unis en effet, la Syrie, confrontée à une contestation interne d'une ampleur sans précédent, aurait eu recours pour sa part à ces impitoyables spécialistes de la répression que l'on a vus à l'œuvre contre les réformistes manifestant l'an dernier dans les rues de Téhéran.
Damas, qui nie en bloc, n'est guère en manque d'accusations, au demeurant. Après l'incontournable Israël, après d'anonymes pays voisins, c'est le courant libanais du Futur qui se voit reprocher de financer et d'armer les fauteurs de troubles. À l'appui de ces assertions, étaient diffusés des aveux télévisés : aveux dont l'organisation Human Rights Watch dénonçait toutefois hier même, avec un effarant luxe de détails, la manière dont ils sont ordinairement extorqués. Guère plus concluantes sont les indiscrétions de WikiLeaks, publiées - comme à point nommé - toujours hier à Beyrouth et attribuant à Saad Hariri le souhait, exprimé aux Américains en 2006, de voir renverser le régime Assad.
Il y a loin en effet d'un simple vœu, émis au plus fort de la crise syro-libanaise, à une participation active aux évènements de Syrie, participation dont les risques considérables n'échappent en effet à personne. D'une part, en effet, les Libanais, qui n'ont d'autre visée que l'instauration de rapports enfin sains avec leur voisin de l'Est, sont parfaitement conscients des graves retombées qu'aurait sur eux, comme sur les minorités de Syrie même, un chaos éventuel. Ils se doutent bien aussi que les problèmes domestiques du pouvoir baassiste n'ont entamé en rien, bien au contraire, sa redoutable capacité de déstabilisation et de nuisance. L'ambassadeur Ali Abdelkarim Ali ne s'est pas fait faute de le rappeler sans avoir l'air d'y toucher, quand il a suavement prédit que le Liban serait le premier à pâtir d'une dérive syrienne.
Il n'empêche qu'on ne manquera pas de relever l'ironie d'une situation où c'est la Syrie désormais, et non plus le Liban, qui s'alarme de la perméabilité d'une frontière commune à travers laquelle n'ont cessé de circuler, des décennies durant et toujours à sens unique, armes, combattants et autres facteurs de subversion.
C'est bien par là où on a péché que l'on est, tôt ou tard, rattrapé.
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb


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