Roumieh, Deraa, Abidjan, quel rapport ?
Aucun bien évidemment, si ce n'est que chacun à sa manière, ces trois brûlots, qui, depuis quelque temps, font la une des journaux, éclairent de leur sinistre flamboiement une même déchéance : celle, ici, d'États réduits à n'être plus que des non-États et, là, d'États si imbus de leur primauté absolue, de leur pérennité dynastique, qu'ils ne peuvent déceler à temps les irrésistibles changements que commande l'air du temps. Et qui en viennent à oublier leur vocation et obligation première, qui est de veiller à la sécurité, à la liberté et au bien-être de la collectivité.
C'est vrai que bien peu d'États poussent la mansuétude jusqu'à dorloter la douteuse faune qui peuple leurs prisons. Mais il y a loin cependant de la simple carence à la barbarie. Or c'est de barbare qu'il faut qualifier le dispositif carcéral libanais. Promiscuité, traitements indignes et épouvantables conditions d'hygiène, auxquels viennent s'ajouter toutes sortes de trafics contrôlés par des gardiens vénaux font en effet de nos pénitenciers des lieux de cauchemar où l'on a toutes les chances d'entrer vulgaire délinquant et en sortir criminel endurci.
Depuis des décennies dure en s'aggravant sans cesse cette scandaleuse situation, dans un pays qui se targue pourtant d'abriter la société la plus libérale, la plus évoluée et raffinée de toute la région. Et parce que l'État libanais se trouve frappé de la même impuissance, de la même déliquescence, qu'il soit ou non pourvu de gouvernement ; parce que les revendications des mutins de la prison de Roumieh, pour légitimes qu'elles soient, ont vite été récupérées à des fins politiques, avec mobilisation des familles dans la rue ;pour tout cela, voici que l'État libanais paraît acculé à ce qui ressemble fort à une reddition inconditionnelle : à savoir une amnistie générale, laquelle aura pour effet de lâcher inconsidérément dans une nature déjà précaire une population peu recommandable, pour le moins.
Non moins lamentable aura été la tragique incapacité de Beyrouth à venir effectivement en aide aux expatriés libanais longtemps bloqués dans cette périlleuse jungle qu'était devenue la Côte d'Ivoire. Dans ce pays - et comme au Liban, bien qu'à des degrés différents - on avait vu se produire la même contestation, par la force des armes, du verdict souverain des urnes. Amère consolation : ce viol insolent de la démocratie, notre pays a évité, de justesse, lui, de le payer d'une guerre civile. Non moins réelle est cette autre consolation : si le Liban a bel et bien rejoint hélas le club pas très valorisant des non-États, un État où le rapport de forces militaires ou paramilitaires tient lieu désormais de Constitution, du moins a-t-il échappé à la triste condition d'État despote, asservi de surcroît à plus despote encore que lui. Qu'on se souvienne : point n'était besoin, à l'ère de la tutelle syrienne, d'une quelconque loi d'urgence, pour que furent couramment pratiqués arrestations sans mandat judiciaire, déportations illégales, procès politiques et autres dénis de justice : toutes aberrations contre lesquelles ont fini par se révolter, à Deraa d'abord et puis dans maintes autres villes, les Syriens eux-mêmes.
Le Liban n'est plus seul en quête d'un salutaire équilibre.
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Aucun bien évidemment, si ce n'est que chacun à sa manière, ces trois brûlots, qui, depuis quelque temps, font la une des journaux, éclairent de leur sinistre flamboiement une même déchéance : celle, ici, d'États réduits à n'être plus que des non-États et, là, d'États si imbus de leur primauté absolue, de leur pérennité dynastique, qu'ils ne peuvent déceler à temps les irrésistibles changements que commande l'air du temps. Et qui en viennent à oublier leur vocation et obligation première, qui est de veiller à la sécurité, à la liberté et au bien-être de la collectivité.
C'est vrai que bien peu d'États poussent la mansuétude jusqu'à dorloter la douteuse faune qui peuple leurs prisons. Mais il y a loin cependant de la simple carence à la barbarie. Or c'est de...


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