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Rétrophonie

Il est jeune, surtout comparé aux vieilles badernes et autres fossiles que l'on a vus déboulonnés à Tunis et au Caire, ou qui s'accrochent encore, comme à Tripoli et Sanaa. Médecin de formation, diplômé de Hammersmith, il ne peut qu'être au fait des exigences de la modernité. À son accession au pouvoir il y a dix ans, il s'est même forgé une réputation de réformiste étonnamment tenace, même si elle attend toujours de passer l'épreuve des faits.

 

Pourtant, et de là où on escomptait l'annonce d'un train de mesures concrètes visant à un début de libéralisation en Syrie, comme le veut en effet l'air du temps, c'est ce même président, jeune, moderne et réformiste, confronté depuis la mi-mars à une crise intérieure d'une gravité sans précédent, que l'on a vu déployer hier l'entière panoplie rhétorique du parfait autocrate de la vieille école.


De la classique argumentation, usée jusqu'à la corde, la pièce maîtresse reste encore la théorie du complot. On n'a pas inventé mieux en effet pour expliquer aux citoyens que les réformes tant attendues, leurs bien-aimés dirigeants y vouaient toutes leurs énergies, qu'elles mijotaient à feu doux, n'attendant que le moment propice pour être proclamées, mais que de malveillantes mains étrangères (tantôt Israël et tantôt des islamistes du cru, tantôt des Palestiniens et tantôt el-Qaëda) sont venues semer la discorde parmi le bon peuple et mettre le pays à feu et à sang. Tout autant que les comploteurs étrangers se trouvent invariablement mis en cause, par ailleurs, ces instruments du diable que sont les télévisions satellitaires et Internet, dont les pernicieux mensonges sont fort heureusement battus en brèche par la vérité officielle.


Stabilité est un autre terme consacré. Et force est de reconnaître qu'elle compte parmi les principaux atouts du régime, dans un pays riche en minorités et que hante le spectre d'affrontements sectaires ou encore d'un chaos à l'irakienne. Tout se gâte cependant lorsque stabilité devient prétexte à immobilisme, à inertie, lorsque le progrès démocratique se trouve implacablement sacrifié sur l'autel des grands desseins régionaux. Deux dramatiques semaines durant, le président Assad a observé un silence de sphinx, trouvant toutefois le temps de recevoir, entre autres, des visiteurs libanais ; et dans son discours d'hier, annoncé à grand fracas par ses proches, on cherchera en vain la moindre allusion à une quelconque levée de l'état d'urgence (promise pourtant par sa conseillère) ou même le moindre engagement à opérer des réformes. Il est bien peu probable, dès lors, que de tels propos aient pour effet d'apaiser la contestation, mission confiée plutôt à un impitoyable appareil répressif.


Un mot, pour finir, sur le décor absolument surréel mis en place pour la journée d'hier et qui est bien plus éloquent hélas que tous les discours. Des députés en transe offrant leur vie et leur sang au chef, d'autres lui dédiant des poèmes enflammés : sidérant folklore pouvant difficilement passer, surtout par les temps qui courent, pour un modèle de démocratie.

Issa Goraieb
igor@lorient-lejour.com.lb

Il est jeune, surtout comparé aux vieilles badernes et autres fossiles que l'on a vus déboulonnés à Tunis et au Caire, ou qui s'accrochent encore, comme à Tripoli et Sanaa. Médecin de formation, diplômé de Hammersmith, il ne peut qu'être au fait des exigences de la modernité. À son accession au pouvoir il y a dix ans, il s'est même forgé une réputation de réformiste étonnamment tenace, même si elle attend toujours de passer l'épreuve des faits.
 
Pourtant, et de là où on escomptait l'annonce d'un train de mesures concrètes visant à un début de libéralisation en Syrie, comme le veut en effet l'air du temps, c'est ce même président, jeune, moderne et réformiste, confronté depuis la mi-mars à une crise intérieure d'une gravité sans précédent, que l'on a vu déployer hier l'entière panoplie rhétorique du...