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Le mur du sang

Le premier qui dit se trouve toujours sacrifié
D'abord on le tue, puis on s'habitue (...)
Après, sans problèmes, parle le deuxième (...)
Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté

(Guy Béart, La Vérité)

On ne s'inclinera jamais assez devant l'extraordinaire courage de ces poignées d'hommes et de femmes qui, les premiers, descendirent dans la rue pour y braver les machines répressives les plus redoutables du monde arabe, pour dire à la tyrannie ses quatre vérités. À Tunis comme au Caire, en Libye comme au Yémen, à Bahreïn comme en Syrie, c'est de leur vie certes que maints de ces pionniers ont payé leur audace. Mais loin de servir de leçon pour les autres, leur sacrifice n'a fait que stimuler la révolte, qu'alimenter ces petites rivières qui finissent par faire de grands fleuves.

 

Car de leurs mains nues, ces téméraires auront brisé la plus solide des barrières, celle-là même qui constitue la première ligne de défense des tyrannies : la barrière de la peur, une peur instillée décennie après décennie par les diligents services secrets et propre à dissuader toute velléité de contestation. Or une fois enfoncée cette barrière, ce sont les despotes qui se mettent à avoir peur, qui usent et abusent de la manière forte pour s'apercevoir que rien n'y fait, qui finissent par jouer tantôt au méchant policier et tantôt au bon père du peuple, frappant durement d'une main et offrant de l'autre d'équivoques lots de consolation.


La démission, hier, du gouvernement syrien est une de ces trompeuses pièces de verroterie. Pourquoi en effet se défaire d'une équipe en place depuis des années, et qui paraissait donner entière satisfaction au patron du régime, si ce n'est pour désigner des boucs émissaires à la vindicte des foules dénonçant, entre autres aberrations, la corruption des élites du pouvoir ? Plus consistante, bien sûr, serait la levée annoncée de cette loi d'urgence qui régit la Syrie depuis près d'un demi-siècle et qui autorise notamment les arrestations sans mandat judiciaire et les détentions sans jugement. Mais on n'aurait rien fait, en réalité, si une mesure aussi heureuse devait se trouver aussitôt court-circuitée, neutralisée, par quelque nouvelle législation d'exception, si n'étaient pas déployées des initiatives concrètes garantissant ces libertés publiques que réclament à cor et à cri les contestataires syriens.


C'est dire le caractère crucial que revêtira l'allocution que doit prononcer aujourd'hui, devant l'Assemblée du peuple, Bachar el-Assad. Hier, le chef de l'État syrien parvenait à étaler, en démonstrations de soutien, des centaines de milliers de ses partisans : succès impressionnant certes, succès facile toutefois pour tout régime placé le dos au mur et acculé à une mobilisation totale ; succès qui ne doit pas entretenir l'illusion que la crise est passée, et qu'il suffira de quelques retouches cosmétiques pour que tout redevienne comme avant. Ils n'étaient pas à l'écoute de leurs peuples, disait de ses collègues déchus un Raïs syrien assuré en revanche de sa propre immunité face au virus libertaire. C'est le même conseil d'audition attentive pourtant, de sérieux dans les promesses, de célérité dans l'exécution que n'a cessé de lui prodiguer pourtant, ces derniers jours, un ami, un voisin aussi visiblement soucieux que le Premier ministre de Turquie Tayyip Erdogan. Et c'est sous la forme d'une véritable injonction que les Américains, excédés par ces réformes qui n'en finissent pas d'attendre, se font entendre.


À défaut des contestataires syriens, seront-ils entendus, ceux-là ?

 

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Le premier qui dit se trouve toujours sacrifiéD'abord on le tue, puis on s'habitue (...)Après, sans problèmes, parle le deuxième (...)Le premier qui dit la vérité, il doit être exécuté (Guy Béart, La Vérité)On ne s'inclinera jamais assez devant l'extraordinaire courage de ces poignées d'hommes et de femmes qui, les premiers, descendirent dans la rue pour y braver les machines répressives les plus redoutables du monde arabe, pour dire à la tyrannie ses quatre vérités. À Tunis comme au Caire, en Libye comme au Yémen, à Bahreïn comme en Syrie, c'est de leur vie certes que maints de ces pionniers ont payé leur audace. Mais loin de servir de leçon pour les autres, leur sacrifice n'a fait que stimuler la révolte, qu'alimenter ces petites rivières qui finissent par faire de grands fleuves.
 
Car de leurs mains nues,...