Y a-t-il de bons et de mauvais dictateurs, des despotes éclairés, d'un côté, et de sombres brutes, de l'autre ?
Plus cyniquement, y a-t-il des tyrans promus du jour au lendemain ennemis publics numéro un et d'autres dont continuent, par commodité ou nécessité géostratégique, de s'accommoder les puissances ? La question ne manque pas de se poser, au vu des motivations les plus diverses guidant l'action des puissances occidentales engagées dans des opérations militaires en Libye et qui se traduisent par une belle confusion.
Depuis la guerre du Liban de l'été 2006, même les profanes savent bien en effet que même les frappes aériennes les plus dévastatrices sont insuffisantes, à elles seules, à conclure victorieusement un conflit. Ce n'est pas du haut des airs mais les pieds sur terre que sont gagnées les guerres et dans le fracas des bombes, il est clair que les violons des coalisés sont bien mal accordés. Déjà engluée dans deux guerres en terre d'islam, l'Amérique n'est pas près d'aller ferrailler contre les soldats de Kadhafi. Débordante de zèle en revanche est une France désireuse de faire oublier les amitiés tunisiennes d'une ancienne patronne du Quai d'Orsay, de même que les privilèges égyptiens offerts à son Premier ministre. Non moins combative a paru une Grande-Bretagne qui s'était prêtée, pourtant, à l'indécente transaction par laquelle le dictateur de Tripoli se rachetait une virginité internationale à coups de milliards versés aux familles des victimes de l'attentat de Lockerbie.
Cela dit, et malgré l'intense battage médiatique entourant les événements de Libye, malgré aussi les combats qui ont éclaté hier entre forces militaires yéménites rivales, ce n'est pas sur ce théâtre mais sur la porte d'à côté, celle par laquelle s'engouffrent d'ordinaire les bourrasques, que sont braqués depuis quelques jours les regards des Libanais. Depuis que s'est levé le vent de la révolte dans la région, c'est la première fois en effet que les manifestations revêtent une telle ampleur en Syrie. Du coup, c'est la première fois que le président Bachar el-Assad se trouve sérieusement confronté au dilemme devenu le cauchemar des régimes autoritaires : celui que pose une répression risquant de produire le contraire de l'effet escompté, c'est-à-dire de stimuler l'agitation au lieu de la dissuader. Avec la télévision satellitaire, la téléphonie mobile, Internet et ses dérivés, le temps est révolu en effet où des semaines entières se passaient avant que fut ébruitée l'impitoyable pacification de la ville de Hama.
Le temps n'est plus, néanmoins, où les Libanais croyaient pouvoir s'offrir le luxe rare d'assister en spectateurs aux bouleversements ambiants, alors que leur pays, longtemps cuit et recuit par les tiraillements régionaux, ne souffrait cette fois que d'une bénigne crise ministérielle. Tout autant que par le malaise syrien, notre pays va se trouver affecté par la crise bahreïnie, qui se développe sur fond de tensions sunnito-chiites. Mis en cause par les autorités de Manama, au même titre que son mentor iranien, le Hezbollah a renchéri, proclamant par la bouche de son chef Hassan Nasrallah sa détermination à soutenir par tous les moyens les insurgés de ce minuscule royaume pétrolier. Après Gaza, c'est dans le Golfe que la milice, appelée à contrôler le futur gouvernement du Liban, entend exporter sa révolution sans le moindre souci des intérêts considérables des expatriés comme de la position internationale d'un Liban auquel sied bien mal le statut de paria. Mais qu'en pense, au fait, le Premier ministre désigné ?
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Plus cyniquement, y a-t-il des tyrans promus du jour au lendemain ennemis publics numéro un et d'autres dont continuent, par commodité ou nécessité géostratégique, de s'accommoder les puissances ? La question ne manque pas de se poser, au vu des motivations les plus diverses guidant l'action des puissances occidentales engagées dans des opérations militaires en Libye et qui se traduisent par une belle confusion.
Depuis la guerre du Liban de l'été 2006, même les profanes savent bien en effet que même les frappes aériennes les plus dévastatrices sont insuffisantes, à elles seules, à conclure victorieusement un conflit. Ce n'est pas du haut des airs mais les pieds sur terre que sont gagnées les guerres et...


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