Libye, Liban : deux pays arabes qui n'ont certes pas grand-chose en commun. Le premier regorge de richesses naturelles, pillées comme il se doit par la famille régnante et dont ne profite guère une population peu nombreuse pourtant. Et c'est essentiellement de son peuple que tire sa richesse le second, ce qui ne le met pas à l'abri, pour autant, du pillage pratiqué par ses pléthoriques familles politiques.
Si la Libye et le Liban voisinent néanmoins dans ces colonnes, c'est qu'ils sont tous deux l'objet en ce moment, bien qu'à des titres on ne peut plus différents, des redoutables préoccupations de la justice internationale. Ce n'est pas pour son notoire passé terroriste (dont le Liban, entre tant d'autres, a eu à pâtir) que sont actuellement scrutés, par la Cour pénale internationale, les agissements de la Jamahiriya, mais c'est tout comme. Non moins infamantes en effet sont les accusations de crimes contre l'humanité portées contre un Kadhafi livrant une guerre impitoyable à une population en légitime révolte et d'ores et déjà recherché par Interpol. Voilà qui devrait faire réfléchir ces virtuoses de l'oppression et de la répression sévissant dans le monde arabe. Ample matière à méditation devraient être aussi ces gels frappant impitoyablement les fortunes colossales amassées au fil des ans, et même des décennies de pouvoir, par les mafias gouvernantes et leurs proches.
Ce n'est pas au Liban, il est vrai, que l'on peut espérer voir sanctionner un jour de tels cas non moins évidents d'enrichissement illicite. La raison en est tristement simple : si répandu et banalisé est l'affairisme, si ancré est-il dans nos mœurs politiques, si publique et même officielle pourrait-on dire est la course aux commissions dans le cadre des dépenses publiques, si impudemment étalées sont les fortunes nouvelles qu'en définitive bien peu de parties (et de partis !) échappent à la présomption de vénalité : y compris, bien entendu, ceux qui, avec un bel aplomb, ne craignent pas de se poser en vertueux champions de la lutte contre la corruption...
C'est à des crimes d'un tout autre genre - ceux d'assassinats en série de chefs politiques et de leaders d'opinion - que s'intéresse le Tribunal spécial pour le Liban. Et tout autant que l'affaire libyenne, sinon davantage, le précédent libanais a sans doute de quoi donner des insomnies à plus d'un gouvernement de la région, puisqu'il s'agit là du premier effort international visant à châtier les auteurs et commanditaires de meurtres politiques ou pour le moins à dissuader le recours à de telles pratiques en signifiant que le temps de l'impunité est à jamais révolu. Que le TSL soit vivement contesté par une partie des Libanais ;
que cette instance soit même devenue une véritable pomme de discorde nationale ; que ses ennemis déclarés aient réussi, par les moyens que l'on sait, à renverser la majorité parlementaire et à accéder ainsi au pouvoir ;
qu'ils se proposent de dénoncer les protocoles d'accord libano-onusiens ; que non moins de quatre ministères libanais refusent déjà d'accéder aux requêtes du procureur Daniel Bellemare, tout cela ne peut en rien altérer le cours inexorable d'une justice internationale dont le concept même traduit, dans cette partie du monde, une extraordinaire évolution. Révolution ?
Issa Goraieb


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