Au demeurant, certaines de ces concessions, offertes de bien mauvaise grâce, portent plutôt à sourire. Ici en effet, on s'avise de distribuer de l'argent aux familles démunies ; là, c'est avec du courant électrique gratuit ou une baisse sensible des produits de consommation courante que l'on (se) propose d'acheter le calme. On voit même le régime syrien, relativement épargné par le maelström qui parcourt le monde arabe, s'adonner à ce genre de compte d'apothicaire, allégeant subitement ainsi les taxes douanières sur les produits d'importation et alternant avec une tatillonne minutie arrestations et libérations de défenseurs de droits de l'homme.
Avec les sanglantes émeutes de Bahreïn, voici par ailleurs que s'impose à l'évidence un facteur sectaire spécifiquement chiite, propre à affoler plus d'une monarchie pétrolière du Golfe. Citadelle du chiisme, se posant abusivement en modèle pour le reste de la région, l'Iran lui-même n'est pas à l'abri de la tourmente : après avoir prodigué force encouragements aux foules égyptiennes, les autorités n'ont sévi qu'avec plus de férocité contre les manifestants défilant à Téhéran pour clamer leur soutien à la même et admirable révolution du Nil.
En fait d'encouragements toutefois, c'est surtout l'attitude de la superpuissance américaine qui ne laisse pas de rendre perplexe. Après un bref moment de flottement, voire de confusion, c'est autour de ces deux idées-force que s'articule clairement, désormais, la doctrine Obama : appui aux mouvements pacifiques pour le changement démocratique et appels insistants aux gouvernements en place pour qu'ils se soumettent à la loi du progrès et, par-dessus tout, qu'ils s'abstiennent à leur tour de toute violence. Aussitôt adoptée par les pays européens, la démarche ne manque certes pas d'une certaine noblesse, vu l'état déplorable de la démocratie dans cette partie du monde. On est en droit de s'interroger néanmoins sur les risques de dérapage d'une politique que l'on dirait empreinte soit d'une inquiétante candeur, soit alors d'un effrayant cynisme.
Ce sont en effet les ombres de deux anciens présidents américains qui semblent planer sur l'actuelle administration US. De Jimmy Carter, Barack Obama hérite, bon gré mal gré, de l'angélique image d'une Amérique sacrifiant ses plus fidèles alliés, en l'occurrence le chah d'Iran, sur l'autel des droits civils et favorisant objectivement, dès lors, l'émergence de la république des mollahs. Et si les Frères musulmans d'Égypte font à l'heure actuelle assaut de modération, si de toute manière ils sont en porte-à-faux avec le souffle libéral de la révolution et restent contenus par l'armée, on ne saurait en dire autant des autres théâtres de crise. De George W. Bush, Obama hérite de deux guerres américaines livrées en terre d'islam (Irak et Afghanistan) mais aussi - qui l'eut dit ? - d'une concrétisation à retardement de ce projet de Moyen-Orient démocratique que brandissait maladroitement le bouillant Texan.
Ce qui, pour les Arabes, n'a pas trop changé dans le fond, c'est le drame d'une Amérique outrageusement alignée hier sur son protégé israélien, et impuissante aujourd'hui, en dépit de ses bonnes résolutions publiquement proclamées, à imposer à celui-ci un gel de la colonisation juive en Palestine. C'est le spectacle d'un Oncle Sam qui n'effraie plus ses ennemis mais qui, en revanche, donne des sueurs froides à ses amis.
Issa Goraieb
igor@lorient-lejour.com.lb


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef