Rechercher
Rechercher

Terminus zag ?

La peur, dit-on, donne des ailes. Il faut croire que ce n'est pas forcément le cas en politique, surtout quand s'y mêle inextricablement la violence, ou même seulement la menace d'un recours à la violence.

Que Walid Joumblatt, fils de leader assassiné, qui a longtemps fait figure lui-même de candidat au martyre, ait toutes les raisons du monde de s'inquiéter pour sa sécurité personnelle paraît somme toute normal, compte tenu d'un contexte éminemment anormal, précisément : à savoir celui dans lequel est exercée désormais toute activité publique dans cet îlot de démocratie, même toute relative, que fut naguère le Liban. Que le chef druze soit soucieux de mettre sa communauté à l'écart d'une éventuelle confrontation entre les deux principales branches de l'islam, qu'il soit tenu de songer jusques aux intérêts des druzes de Syrie, cela aussi pourrait s'entendre après tout, dans le climat de cloisonnements sectaires qui gagne en effet la région tout entière.

Diverses motivations ont été avancées par Joumblatt, dans sa conférence de presse hier, pour proclamer, après un fort sinueux parcours, sa jonction finale et définitive avec la Syrie et le Hezbollah (le zag, sans plus de zig ?), dans la perspective des consultations parlementaires visant à la désignation d'un nouveau Premier ministre. Les plus extravagantes de ces explications ne sont pas le devoir d'alliance avec le vaillant champion de l'arabité qu'est la Syrie, ou encore l'horreur que lui inspire un tribunal spécial acharné à causer la perte du Liban en le plongeant dans la guerre civile : cela, c'est déjà de l'histoire ancienne.

Le moins convaincant est plutôt cet attachement aux principes démocratiques qu'a invoqué le seigneur de Moukhtara pour expliquer son ralliement à une entreprise se situant aux antipodes de la démocratie, ne serait-ce que parce qu'elle s'appuie sur une puissance armée théoriquement vouée à la lutte contre l'occupation ennemie et non à la conquête du pouvoir. Ne serait-ce encore que parce qu'elle refuse de reconnaître toute majorité d'en face issue pourtant d'élections libres, qu'elle qualifie celle-ci de fictive, qu'elle exige d'être associée au gouvernement pour cause de nécessaire consensus ; la voici maintenant, cette reluisante démocratie, qui lance des exclusives contre le chef incontesté d'une communauté essentielle, qui le met au défi de former un cabinet s'il revient au Sérail, et qui se promet de gouverner en solo quand elle aura réalisé un renversement de la majorité !

Extorquer tant et plus, empocher et ne rien donner de consistant en retour : depuis des décennies, la recette s'avère payante pour la Syrie et la leçon n'a évidemment pas été perdue pour ses protégés. Ironie, c'est Walid Joumblatt lui-même qui l'aura rappelé sans le faire exprès quand il a brandi devant les journalistes trois points (et trois seulement) de l'accord mort-né auquel ouvraient, ces derniers mois, la Syrie et l'Arabie saoudite. Ces points, acceptés par Saad Hariri, se résumaient à une rupture du Liban officiel avec le tribunal de La Haye (laquelle n'eut en rien altéré d'ailleurs le cours imperturbable de la justice internationale). Le leader druze n'a évoqué que par la bande les autres points : c'est-à-dire la nécessaire contrepartie, jamais livrée bien entendu, d'une aussi énorme concession.

En définitive, c'est surtout par ses non-dits que sera déterminante la prestation d'hier. En se gardant d'engager dans ses options l'intégralité de son bloc parlementaire fort de onze députés, c'est une bonne dose d'inconnu que laisse malgré tout planer Joumblatt sur le résultat des consultations contraignantes que lancera lundi le chef de l'État avec les membres de l'Assemblée. Zig ou zag, les chiffres parleront.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
La peur, dit-on, donne des ailes. Il faut croire que ce n'est pas forcément le cas en politique, surtout quand s'y mêle inextricablement la violence, ou même seulement la menace d'un recours à la violence.Que Walid Joumblatt, fils de leader assassiné, qui a longtemps fait figure lui-même de candidat au martyre, ait toutes les raisons du monde de s'inquiéter pour sa sécurité personnelle paraît somme toute normal, compte tenu d'un contexte éminemment anormal, précisément : à savoir celui dans lequel est exercée désormais toute activité publique dans cet îlot de démocratie, même toute relative, que fut naguère le Liban. Que le chef druze soit soucieux de mettre sa communauté à l'écart d'une éventuelle confrontation entre les deux principales branches de l'islam, qu'il soit tenu de songer jusques aux intérêts des...