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Entre avant et après

Les échéances dites fatidiques ont ceci de particulier qu'elles semblent prendre un malin plaisir à proliférer, à se multiplier en tiroirs, à faire des petits.

 

Passé la première vague d'assassinats de chefs politiques et de leaders d'opinion libanais, passé l'âpre bataille qui a précédé et entouré la création en 2007 du Tribunal spécial pour le Liban, c'est ainsi dans l'attente d'un acte d'accusation en règle qu'a vécu, si l'on peut dire, le pays. C'était chose faite, lundi, encore que plusieurs semaines s'écouleront probablement avant que soit confirmée ou non, par le juge de mise en état, la validité des preuves crédibles et incontestables qu'estime avoir réunies le procureur Daniel Bellemare ; ce n'est qu'à l'automne prochain, en outre, que commencera un procès appelé à se prolonger durant des années.


Il n'empêche qu'avec ce fameux document Bellemare, il est clair que le Liban, sans d'ailleurs qu'il y ait été pour grand-chose, et avec l'angoissant sentiment que plus rien ne peut désormais ramener la pendule en arrière, émerge bel et bien de l'ère de l'avant pour basculer dans celle de l'après. Avant, c'était le règne de l'absurde. Absurde, en effet, ce comportement de coupable dont se sont affublés avec entrain, avec frénésie même, tantôt la Syrie et tantôt le Hezbollah, qui assurent pourtant n'avoir rien à se reprocher, rien à cacher et donc rien à craindre.


Absurde, encore, cette obstination à menacer le pays tout entier de tous les feux de l'enfer si venait à leur être lancée la moindre accusation par une juridiction accusée de n'être qu'un vil instrument israélo-américain ;absurde - et lâche, de surcroît - est cette parade d'hommes en noir déployés hier dans certains quartiers de Beyrouth-Ouest à seule fin d'affoler les citoyens et de dépeupler les écoles. Absurde que tout cela, sachant qu'un acte d'accusation n'est pas une fin en soi, que la présomption d'innocence prévaut jusqu'au moment où elle est confrontée à une implacable évidence et qu'un tel fait est cautionné par les juges, comme le rappelait hier même Bellemare. Sachant aussi que c'est la vérité que réclame l'écrasante majorité de l'opinion publique, et non quelque fruste et d'ailleurs contre-productive vengeance : vérité dont on escompte surtout qu'elle mettra fin à la scandaleuse impunité dont ont toujours bénéficié les assassins dans cette partie du globe.


Confinant à l'absurde, de même (et l'inventaire des aberrations est loin d'être épuisé), aura été - est toujours, aux dernières nouvelles - une initiative syro-saoudite réunissant bizarrement protecteurs et ennemis de Rafic Hariri et des autres martyrs, et visant à sauver la face à tout le monde, c'est-à-dire aux plaignants comme aux suspects et accusés éventuels sans paraître heurter de front, pour autant, le cours de la justice internationale. Déclarée morte et enterrée la semaine dernière à la suite d'une vigoureuse intervention des États-Unis, ranimée le week-end dernier par un sommet restreint réuni à Damas, l'extravagante idée, apparemment assortie de variantes, était colportée hier encore à Beyrouth par les chefs de diplomatie turc et qatari dont on saluera néanmoins la bienveillante sollicitude ainsi déclinée pour le Liban.


Quelle concertation libano-libanaise face au remue-ménage des puissances, grandes et moins grandes ? Et ne quitte-t-on donc l'absurde que pour plonger dans l'inconnu ? C'est officiellement pour laisser ses chances à cette concertation régionale, laquelle éclipse pour le moment le projet d'un groupe de contact élargi avancé par la France, que le président de la République a retardé d'une semaine les consultations parlementaires visant à la désignation d'un nouveau Premier ministre. Du coup, Michel Sleiman s'attirait cependant les critiques d'un Courant du futur apparemment assuré du retour imparable de son chef au Sérail en dépit du veto opposé par le Hezbollah et ses alliés au lendemain de leur intempestif retrait du gouvernement.


Le temps n'est plus, on le voit, où Saad Hariri passait aux yeux de la milice, comme de la Syrie, pour l'homme qu'il faut à la place qu'il faut : singulier hommage s'expliquant par le fait que seul de tout l'establishment politique libanais, ce même Hariri dans l'exercice de ses fonctions semblait de taille à couvrir un arrangement hors tribunal mettant un épilogue à l'affaire de l'attentat qui a emporté son père. C'était avant.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Les échéances dites fatidiques ont ceci de particulier qu'elles semblent prendre un malin plaisir à proliférer, à se multiplier en tiroirs, à faire des petits.
 
Passé la première vague d'assassinats de chefs politiques et de leaders d'opinion libanais, passé l'âpre bataille qui a précédé et entouré la création en 2007 du Tribunal spécial pour le Liban, c'est ainsi dans l'attente d'un acte d'accusation en règle qu'a vécu, si l'on peut dire, le pays. C'était chose faite, lundi, encore que plusieurs semaines s'écouleront probablement avant que soit confirmée ou non, par le juge de mise en état, la validité des preuves crédibles et incontestables qu'estime avoir réunies le procureur Daniel Bellemare ; ce n'est qu'à l'automne prochain, en outre, que commencera un procès appelé à se prolonger durant des...