Rechercher
Rechercher

De vœux en mieux

Que convient-il de souhaiter aux Libanais au seuil de l'an nouveau ? Du courant électrique à profusion, de l'eau courante qui se déciderait enfin à courir elle aussi ?

 

Des routes praticables à toute heure et sûres, des institutions qui fonctionnent, des tribunaux qui rendent justice, un Parlement qui légifère, un gouvernement qui gouverne ? On ne sait plus trop, si étendu en effet est l'embarras du choix.

 

De cette liste de vœux extensible à l'infini, c'est à dessein que j'écarte celui, bien naturel pourtant, de stabilité : précieuse denrée qui, en gardant les peuples de la pression de l'évènement, leur permet de considérer calmement le présent comme d'envisager en toute sérénité l'avenir. Pourquoi, dès lors, une telle omission ?


Parce que c'est une bien trompeuse stabilité, une stabilité piégée à la manière d'une bombe à retardement, que nous font miroiter les maîtres chanteurs, quand ils somment le pays tout entier de désavouer comme un seul homme la justice internationale sous peine de s'exposer aux plus épouvantables catastrophes.


De cette aberrante logique, une version ahurissante de brutale sincérité vient d'être déclinée par un haut responsable iranien en visite à Damas. C'est seulement par le renforcement de la résistance qu'incarne le Hezbollah que passe la paix au Liban, nous annonce ainsi le sieur Ali Baqeri, qui ne souffle mot évidemment d'une quelconque consolidation de l'État. Et c'est peut-être mieux ainsi, puisque tant de clarté ne rend que plus improductif encore l'odieux chantage à la sécurité domestique. Que connaissons-nous d'autre, de toute manière, que l'instabilité permanente, cause première de l'exode des jeunes et du fatalisme des moins jeunes ? Que peut-il nous arriver de pire que cette lente mais implacable érosion nationale, sinon une guerre civile que tous se défendent d'y songer seulement, y compris les maîtres chanteurs eux-mêmes ?


Et surtout, quel modèle de stabilité pourrait-on humainement invoquer pour appâter ceux des Libanais qui, sous couvert de pragmatisme, seraient tentés de se soumettre ? Serait-ce le fascislamisme que s'échine à exporter Téhéran, monstrueuse hérésie dans un pays tel que le Liban et de surcroît matière à contestation en Iran même ? Serait-il plutôt question de l'ordre syrien, sous lequel a déjà ployé, des décennies durant, le Liban et où la seule stabilité, assurée par les tristement célèbres Moukhabarate, était celle de l'arbitraire, du déni de justice et du pillage organisé, et la seule paix celle des cachots ou des cimetières ?


Sans jouer les devins, on peut d'ores et déjà voir en 2011 l'année du changement : et cela pour le meilleur, persisterons-nous à espérer. Après une longue attente, est sur le point de s'ouvrir l'ère d'après-l'acte d'accusation. Et cela nul n'y peut rien, quelque redoutables (et redoutées certes par d'aucuns) que soient les conclusions finales de l'enquête internationale sur les attentats terroristes qui ont visé le pays. Pour tenter d'endiguer l'onde de choc, pour marier l'eau et le feu, ce sont des prodiges de diplomatie que l'on attend en ce moment de la Syrie et de l'Arabie saoudite, vouées à la recherche d'un improbable compromis entre vérité et raison(s) d'État(s). Les Libanais, eux, devront montrer que même lesté d'une année supplémentaire, l'âge de raison ne commande pas pour autant que soient oubliés leurs martyrs.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Que convient-il de souhaiter aux Libanais au seuil de l'an nouveau ? Du courant électrique à profusion, de l'eau courante qui se déciderait enfin à courir elle aussi ?
 
Des routes praticables à toute heure et sûres, des institutions qui fonctionnent, des tribunaux qui rendent justice, un Parlement qui légifère, un gouvernement qui gouverne ? On ne sait plus trop, si étendu en effet est l'embarras du choix.
 
De cette liste de vœux extensible à l'infini, c'est à dessein que j'écarte celui, bien naturel pourtant, de stabilité : précieuse denrée qui, en gardant les peuples de la pression de l'évènement, leur permet de considérer calmement le présent comme d'envisager en toute sérénité l'avenir. Pourquoi, dès lors, une telle omission ?
Parce que c'est une bien trompeuse stabilité, une stabilité piégée à la...