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Affaire de jugement

Suivez attentivement le Guide, c'est lui qui donne le ton dans l'heureuse république des mollahs. De l'Iran, nul, en vérité, n'attendait la moindre complaisance pour ce Tribunal spécial pour le Liban que s'acharnent à diaboliser en effet ses protégés du Hezbollah. Que l'ayatollah Khamenei déclare, par avance, nul et non avenu tout verdict pouvant émaner de cette instance, qu'il écrase de son mépris, n'est donc pas trop surprenant, même si ce jugement sans appel est le plus sévère jamais prononcé par Téhéran. Ce qui est remarquable, en revanche, c'est le contexte dans lequel ont été exprimés lundi ces doux sentiments.

 

En haussant la barre de la sorte, l'Iran, assez étrangement, se place dans la même situation que le Hezbollah : lequel, sans attendre la publication d'un quelconque acte d'accusation, se dit la cible innocente d'un complot israélo-américain dont l'instrument est le TSL. Dès lors, cette singulière union sacrée pourrait traduire le sentiment des Iraniens qu'ils sont, à leur tour, dans le collimateur du tribunal : c'est précisément ce que laissent croire les dernières rumeurs et fuites de presse faisant état de l'implication de responsables des gardiens de la révolution dans l'assassinat, en 2005, de Rafic Hariri.


L'escalade iranienne est en ceci remarquable, par ailleurs, que c'est l'émir de Qatar, en visite à Téhéran, qui en a eu la primeur, alors même qu'il venait solliciter le concours de la République islamique aux efforts d'apaisement au Liban déployés par l'Arabie saoudite et la Syrie. Or non seulement la tirade de Khamenei, si elle a été accueillie avec une incroyable placidité par le Premier ministre Saad Hariri, n'a fait que radicaliser encore, dès hier, le discours public du Hezbollah ; mais de surcroît, ce développement reflète des divergences fondamentales avec la Syrie quant à la perception de la juridiction onusienne.


Non point bien sûr que Damas ait renoncé à son hostilité déclarée pour le tribunal. Mais à plus d'une reprise ces derniers temps, le président syrien Bachar el-Assad, maniant la nuance sans avoir l'air d'y toucher, a affirmé que toute inculpation qui ne serait pas assortie de preuves irréfutables serait inacceptable. Est-ce à dire que si de telles, de formelles, d'indiscutables preuves étaient produites, on ne pourrait faire autrement que se rendre à l'évidence ?


On n'en est pas encore là, même si l'évolution est indéniable : favorisée peut-être par l'assurance que le tribunal incriminera non point des États ou des organisations, mais seulement des personnes.
Autrement dit, des accessoires parfaitement jetables.

 

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Suivez attentivement le Guide, c'est lui qui donne le ton dans l'heureuse république des mollahs. De l'Iran, nul, en vérité, n'attendait la moindre complaisance pour ce Tribunal spécial pour le Liban que s'acharnent à diaboliser en effet ses protégés du Hezbollah. Que l'ayatollah Khamenei déclare, par avance, nul et non avenu tout verdict pouvant émaner de cette instance, qu'il écrase de son mépris, n'est donc pas trop surprenant, même si ce jugement sans appel est le plus sévère jamais prononcé par Téhéran. Ce qui est remarquable, en revanche, c'est le contexte dans lequel ont été exprimés lundi ces doux sentiments.
 
En haussant la barre de la sorte, l'Iran, assez étrangement, se place dans la même situation que le Hezbollah : lequel, sans attendre la publication d'un quelconque acte d'accusation, se dit la...