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Deux fois otage

Lequel, d'Israël ou du Hezbollah, affiche-t-il mieux le piètre cas qu'il fait de l'État libanais ? Si l'inconvenante question se pose avec acuité ces derniers jours, c'est que l'un et l'autre viennent de rivaliser d'ardeur pour faire part, sans détour, de leurs très distingués sentiments.

 

De ces sentiments, il est vrai que l'ennemi n'a jamais fait grand secret. Mosaïque de communautés acharnées, vaille que vaille, à coexister, le Liban est l'antithèse même d'Israël. Pour cette raison sans doute, l'État hébreu ne lui a jamais ménagé ses coups pour le forcer, comme ce fut le cas tout au long du demi-siècle passé, à désarmer tantôt les fedayin palestiniens opérant sur son territoire, tantôt les combattants du Hezbollah : entreprises dont il n'échappait guère pourtant aux dirigeants israéliens qu'elles étaient absolument hors de portée des gouvernements successifs de Beyrouth.


Au fil des ans, Israël en est venu à évoquer, avec une suspecte régularité, l'éventualité d'une prise totale du pouvoir par la milice chiite. À défaut d'un bouleversement aussi considérable, et ne serait-ce qu'au plan militaire, il se livre d'ores et déjà à un fort étrange amalgame entre Hezbollah et État libanais, tenus pour conjointement et indissociablement responsables de sa propre sécurité. L'utilité pratique d'une telle supercherie, c'est un général à la retraite, ancien conseiller d'Ariel Sharon et d'Ehud Olmert à la sécurité, qui l'explique avec un rare cynisme : Israël ne sait pas comment venir à bout du Hezbollah ; une nouvelle guerre exposerait l'État juif à une pluie sans précédent de roquettes ; en revanche, et nul ne devrait en douter, le Liban serait rasé, perspective dont l'effet dissuasif est évident...


Otage d'Israël, le pays ne l'est pas moins d'un parti qui affirme être celui de Dieu, qui se pare outrageusement de l'infaillibilité du Créateur, qui se dit à l'abri de toute manipulation ou infiltration, qui taxe de traître quiconque persisterait à accorder crédit au Tribunal à caractère international et qui, fort de son énorme potentiel paramilitaire, promet les pires calamités à l'entière population s'il venait à être lui-même l'objet d'une accusation. À cet incroyable programme, le Hezbollah, par la bouche de son chef, vient d'ajouter une option absolument inédite. De là en effet où la milice exigeait du Liban officiel qu'il désavoue le tribunal, et qu'elle usait à cette fin du blocage systématique des institutions, la voici qu'elle l'invite (et avec lui le rassemblement du 14 Mars) à se ranger sur le côté : à s'effacer, du moment qu'elle est parfaitement en mesure, toute seule et sans l'aide de personne, de mettre en échec l'infâme complot visant le pays tout entier.


État dans l'État, concurrent de l'État, substitut de l'État, où s'arrêtera l'insensée spirale ? Il serait grand temps que descende enfin, sur le parti, l'inspiration divine. La vraie.

 

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Lequel, d'Israël ou du Hezbollah, affiche-t-il mieux le piètre cas qu'il fait de l'État libanais ? Si l'inconvenante question se pose avec acuité ces derniers jours, c'est que l'un et l'autre viennent de rivaliser d'ardeur pour faire part, sans détour, de leurs très distingués sentiments.
 
De ces sentiments, il est vrai que l'ennemi n'a jamais fait grand secret. Mosaïque de communautés acharnées, vaille que vaille, à coexister, le Liban est l'antithèse même d'Israël. Pour cette raison sans doute, l'État hébreu ne lui a jamais ménagé ses coups pour le forcer, comme ce fut le cas tout au long du demi-siècle passé, à désarmer tantôt les fedayin palestiniens opérant sur son territoire, tantôt les combattants du Hezbollah : entreprises dont il n'échappait guère pourtant aux dirigeants israéliens qu'elles...