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Four de justice

Il y a une semaine encore, le Liban brûlait de toutes parts, avec non moins de 120 incendies de forêts faisant rage simultanément sur son minuscule territoire. Puis ce fut cette tempête dont émerge tout juste le pays. Bagatelles que tout cela pourtant, comparé au déluge d'outrances et d'insanités inondant la scène politique.

 

La plus choquante de ces aberrations, c'est encore et toujours cette affaire bidon des faux témoins dépassant en gravité et en urgence, prétendent d'aucuns, les très authentiques et révoltantes agressions que furent tous les attentats criminels de ces cinq dernières années. Que le débat autour de cette singulière thèse ait fini par s'imposer en tête de l'ordre du jour de la réunion, prévue en principe pour ce soir, du Conseil des ministres, est déjà fort regrettable.


C'est dommage tout d'abord en effet pour les quelque 300 autres questions figurant au menu de cette réunion, qui touchent aux intérêts les plus pressants du citoyen comme de l'État et dont l'examen sera sans doute renvoyé aux calendes grecques. Il est clair ensuite que cette concession ne calmera en rien la frénésie de ceux qui, en mettant en vedette les faux témoins et en exigeant que soit saisie de ce dossier la Cour de justice libanaise, n'ont d'autre objectif que de faire pièce au Tribunal spécial pour le Liban : l'activité de ce dernier, et même la recevabilité de l'acte d'accusation du procureur Bellemare, devenant tributaires alors des hypothétiques conclusions de ladite Cour de justice. Ainsi seulement peut s'expliquer ce subit engouement du Hezbollah et de ses amis pour une juridiction d'exception qui, au fil des décennies et sous l'effet de pressions bien connues de tous, ne s'est jamais hasardée pourtant à statuer sur une seule des causes célèbres qui lui étaient soumises, dont des assassinats de chefs d'État.


Laisser la Cour de justice décider elle-même de sa propre compétence, sans autre mandat du pouvoir exécutif : à première vue, la formule de compromis proposée par le président de l'Assemblée, Nabih Berry, pouvait permettre certes de contourner l'écueil d'un vote en Conseil des ministres, réclamé par les uns et exclu par les autres ; mais un tel précédent risquait aussi d'ouvrir la voie à d'autres entreprises de libanisation d'une affaire dont l'énormité même commandait précisément qu'en fût déchargée la frileuse et vulnérable justice locale.


En rejetant hier le projet Berry pour proposer en échange le recours à une classique commission ad hoc, Saad Hariri a paru parfaitement conscient du risque d'érosion que comportent ces concessions arrachées au nom de la paix civile, mais qui ne servent en définitive qu'à alimenter le chantage à la sécurité interne. Tenu à la prudence et à la modération découlant de sa charge, Saad Hariri sait néanmoins qu'il n'est pas pour autant seul héritier du sang de son père : et encore moins du sang des autres martyrs dont la mémoire continue d'être régulièrement honorée. À ces impérieuses attentes populaires, Michel Sleiman lui aussi, lui surtout, doit répondre sans ambiguïté. En s'opposant à toute opération de vote, en poussant au compromis, le président de la République a paru assumer certes son rôle de rassembleur. En revanche, c'est bien le flou entourant la position des troupes présidentielles au sein du cabinet qui porte l'opposition à ne pas démordre d'un vote, convaincue qu'elle est que la majorité a changé de camp.


Nul ne saurait contester un acte d'accusation s'il est fondé sur des preuves irréfutables. Plutôt que d'édulcorer cette évidence sous prétexte de consensus national, il serait temps, Monsieur le Président, de la rappeler à la cantonade.

Issa GORAIEB

igor@lorient-lejour.com.lb

Il y a une semaine encore, le Liban brûlait de toutes parts, avec non moins de 120 incendies de forêts faisant rage simultanément sur son minuscule territoire. Puis ce fut cette tempête dont émerge tout juste le pays. Bagatelles que tout cela pourtant, comparé au déluge d'outrances et d'insanités inondant la scène politique.
 
La plus choquante de ces aberrations, c'est encore et toujours cette affaire bidon des faux témoins dépassant en gravité et en urgence, prétendent d'aucuns, les très authentiques et révoltantes agressions que furent tous les attentats criminels de ces cinq dernières années. Que le débat autour de cette singulière thèse ait fini par s'imposer en tête de l'ordre du jour...