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Amnésie en toc

Un maître faussaire se posant en victime d'une vile escroquerie : on aura décidément tout vu, au fil de l'interminable empoignade dont est l'objet le Tribunal spécial pour le Liban.

Sur la situation de criante anormalité dans laquelle se cantonne depuis des années une résistance censée réserver ses coups au seul ennemi israélien mais œuvrant visiblement désormais à la conquête armée du pouvoir, sur l'extraordinaire aplomb d'une créature patentée de l'Iran s'élevant contre les tutelles internationales, on pourrait remplir des pages entières de journal : sans d'ailleurs rien vous apprendre de nouveau. Ce qui ne laisse pas de stupéfier cependant, c'est l'énormité de la supercherie consistant, pour ces champions toutes catégories de l'irrégularité, à dénoncer à cor et à cri le caractère prétendument illégal et illégitime d'une justice internationale malignement vouée, disent-ils, à leur perte.

Cette thèse littéralement renversante vient d'être développée une fois de plus par le chef du bloc parlementaire du Hezbollah. Pour tenter de faire du neuf avec du vieux, le député Mohammad Raad s'est même fait assister, dans sa conférence de presse de mercredi, d'un professeur d'université. Et pour faire plus sérieux, l'on a cru bon de parer celui-ci d'une qualité de juge qui lui est totalement étrangère pourtant, bien qu'ayant fait partie jadis du Conseil constitutionnel. Las, c'était peine perdue : l'apport de l'éminent invité n'aura réussi en effet qu'à rappeler aux esprits les contorsions juridiques auxquelles il s'était livré déjà du temps où il exerçait la fonction de conseiller légal de l'ex-président Émile Lahoud, dans le vain espoir d'enrayer la mise sur pied du tribunal spécial.

C'est dire que l'argumentaire déployé en grande pompe ce mercredi-là est depuis longtemps dépassé. À plus d'un titre il est obsolète, caduc. Il a d'abord été rejeté par la plus haute des instances internationales, le Conseil de sécurité de l'ONU, qui a eu recours à une procédure d'exception pour instituer, le plus légalement du monde, le tribunal. Quant à la légitimité de cette juridiction, ce sont les contestataires eux-mêmes qui, assez ironiquement, auront bien involontairement contribué à l'asseoir. Ils reprochent à la convention libano-onusienne de n'avoir pas été conclue dans les formes, oubliant ou feignant d'oublier qu'ils ont fait cadenasser, près de deux années durant, les portes de l'Assemblée, privant ainsi cet accord d'une couverture parlementaire qui lui était largement acquise. La même et peu innocente amnésie les porte à occulter aussi les rares points d'accord apparus à la conférence de dialogue national, de même que les diverses déclarations ministérielles des dernières années, publiées par des gouvernements dont ils faisaient partie intégrante et qui réaffirmaient invariablement l'attachement du pays à la justice onusienne.

Risible devient cette amnésie, quand on voit nos deux conférenciers se lamenter sur la marginalisation de la justice libanaise dont tout le monde sait pourtant la grande vulnérabilité aux menaces et autres pressions. Et tragique est-elle enfin quand ils se cramponnent avec véhémence à leur vieux et futile dada, l'affaire dite des faux témoins. Et rabattent sans aucun état d'âme la trappe sur tous les martyrs de l'assassine violence faite au Liban.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
Un maître faussaire se posant en victime d'une vile escroquerie : on aura décidément tout vu, au fil de l'interminable empoignade dont est l'objet le Tribunal spécial pour le Liban.Sur la situation de criante anormalité dans laquelle se cantonne depuis des années une résistance censée réserver ses coups au seul ennemi israélien mais œuvrant visiblement désormais à la conquête armée du pouvoir, sur l'extraordinaire aplomb d'une créature patentée de l'Iran s'élevant contre les tutelles internationales, on pourrait remplir des pages entières de journal : sans d'ailleurs rien vous apprendre de nouveau. Ce qui ne laisse pas de stupéfier cependant, c'est l'énormité de la supercherie...